Yann Elies revient sur son histoire avec le Vendée Globe

yann elies queguinner
© Alexis Courcoux

Yann Eliès est parti dans le sud de la France, afin de s’accorder une dernière parenthèse familiale, loin de l’agitation des pontons du Vendée Globe, avant de revenir sur place en début de semaine prochaine.

Avant ça, il a livré ses impressions et ses souvenirs concernant le Vendée Globe. Ce qui l’a marqué lors des premières éditions, pourquoi il tient tant à cette épreuve, les différences avec sa première participation en 2008.

Pourquoi le Vendée Globe ?
« C’est un rêve de gamin. Je me rappelle du premier départ de la course, en 1989, et de ce que cela avait représenté à l’époque. Je garde en tête les images du départ mais aussi et surtout de celle du bateau de Philippe Poupon (Fleury Michon X, ndlr) qui, couché par une vague, est ensuite resté bloqué à 90 degrés. Cette première édition m’a vraiment marqué mais j’ai aussi été touché, lors des suivantes, par les disparitions de Mike Plant lors de son convoyage vers les Sables d’Olonne et de Nigel Burgess dans le golfe de Gascogne en 1992, puis par celle de Gerry Roofs, en 1997, pris dans la tempête dans le Pacifique. Toutes ces histoires m’ont, forcément atteint quand j’étais plus jeune mais c’est aussi le cas des victoires d’Alain Gautier ou de Christophe Auguin. Elles ont fait qu’un jour, je me suis dit « pourquoi pas, moi aussi, participer à cette course légendaire ? ».

Les particularités de ce Vendée Globe 2016-2017
 « Je pense que c’est un bateau à foils qui va gagner ou que si ce n’est pas cette fois, ce sera celle d’après, en 2020. Le foil, c’est vraiment la révolution de ces cinq dernières années dans notre sport et, sans conteste, celle des dix à venir. Au début, on pensait que cela ne concernerait que les engins de plage or, aujourd’hui, cela touche tous les compartiments de la voile, du kitesurf au Maxi. Autre point qui risque de vraiment différencier ce Vendée Globe des autres, c’est que l’on risque d’assister à de la régate au contact à tous les étages. Lors de la dernière édition, nous avons observé un superbe duel entre François Gabart et Armel Le Cleac’h avec, à l’arrivée, un écart de trois heures seulement à l’issue de 78 jours de mer. Cette fois, je pense que nous allons voir ce même type de scénario, mais dans l’ensemble du Top 10. C’est, en tous les cas, ce que j’espère ! »                            

Le Vendée Globe, une préparation à part
« La principale difficulté est technique. Il faut toujours se rappeler que la seule escale possible, c’est le départ, et que sur un tour du monde, on peut abandonner pour mille et une raison, toutes aussi bêtes les unes que les autres : un pilote automatique qui ne marche pas, une quille mal fixée, un safran qui part en sucette… Lors d’un Vendée Globe, il n’y a pas de deuxième chance. On part sans filet et c’est là toute la difficulté. Pendant trois ou quatre ans, on fait tous en sorte d’avoir le bateau le plus performant possible et on a parfois tendance à occulter que le but premier est de terminer la course. C’est d’ailleurs pourquoi, au quotidien, il faut toujours avoir un arbitre car les architectes et les techniciens ont toujours quelque chose d’un peu plus radical à proposer pour aller dans le sens de la performance. Le truc, c’est que parfois, enlever 10 millimètre ici ou supprimer 10 grammes là peut vite devenir la connerie de trop. »

Les leçons tirées de la première participation en 2008
« Lors de ma première participation, a postériori, j’ai eu le sentiment de m’être un peu emballé au début de l’océan Indien car j’étais devant. J’ai cru, à ce moment, que je jouais la gagne mais, malheureusement, j’ai connu un problème technique qui m’a fait retomber dans le ventre mou de la flotte et passer du mode « course » au mode « je termine ». J’ai eu du mal à accepter ça, forcément. Aujourd’hui, fort de cette expérience, je me dis que je vais plutôt faire en sorte d’être dans un tempo qui m’est propre plutôt que de vouloir à tout prix suivre celui de la course, surtout avec les foilers qui risquent de se retrouver devant tout de suite. Le but, pour moi, sera d’être dans LE rythme qui me permettra de finir l’épreuve. »

2016 abordé différemment de 2008 ?
« Finalement pas tant que ça. J’ai le sentiment d’avoir eu un peu la même ligne directrice dans ma préparation en misant sur des choix raisonnables. Là, en l’occurrence, nous avons décidé de ne pas faire de foils mais de favoriser la fiabilité. Mon objectif reste le même (le podium, ndlr) car une fois encore, je sais qu’il est à ma portée. Au bout du compte, j’ai seulement l’impression d’être huit ans plus vieux. En tous les cas, c’est ce qui me frappe lorsque je me regarde dans une glace ! (rires) Le positif, c’est que c’est autant d’expérience en plus pour le tour du monde qui se présente… »                                                    

entretien accordé à Rivacom.



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