A tous les hommes et femmes de la mer qui se sont battus pour la France

Le 8 mai, jour où l’Europe célèbre la fin de la Seconde Guerre mondiale, est aussi l’occasion de se souvenir de ceux qui, dès l’été 1940, ont refusé la défaite. Parmi eux, les marins français, militaires et civils, occupent une place à part. Alors que la métropole s’enfonçait dans l’ombre de l’Occupation, ils ont été les premiers à entendre l’appel du Général de Gaulle et à comprendre que la lutte devait continuer. Sur les ponts des bateaux de pêche, des cuirassés ou des bateaux de plaisance, ils ont choisi la mer comme champ de bataille. Leur histoire est celle d’un courage sans limites, d’une fidélité à la patrie qui a transcendé les épreuves, et d’un sacrifice souvent méconnu.

L’Appel du 18 juin et les premiers ralliements : quand la mer devient résistance

Le 18 juin 1940, depuis Londres, le Général de Gaulle lance son appel historique : « La flamme de la résistance française ne doit pas et ne s’éteindra pas ». Parmi ceux qui l’entendent, les marins bretons, normands, mais aussi les pêcheurs de l’île de Sein, sont les premiers à réagir. Dès le 24 juin, 132 hommes de 14 à 54 ans quittent leur île à bord de quatre bateaux de pêche pour rejoindre l’Angleterre. Ils formeront le premier noyau des Forces navales françaises libres (FNFL), représentant 4,1 % des effectifs au 1er novembre 1940.

Pourquoi la mer ? Parce que c’est là, sur l’eau, que la France pouvait encore exister. Les ports de Bretagne, comme Brest ou Saint-Malo, deviennent des points de départ clandestins. Des centaines de marins, militaires ou civils, embarquent vers l’inconnu, souvent sans avoir entendu l’appel, mais avec une certitude : la défaite n’était pas une option. Le Zénith, un dundee construit à Camaret, est le premier navire civil français à rallier l’Angleterre le 19 juin 1940, avec à son bord des Sénans, des jeunes d’Audierne et des militaires.

Mers el-Kébir : le sacrifice qui a marqué l’Histoire

Le 3 juillet 1940, la Royal Navy attaque la flotte française à Mers el-Kébir, en Algérie. 1 297 marins français y trouvent la mort en quelques heures. Cet épisode tragique, qualifié par de Gaulle de « coup de hache qui a fait couler du sang français », a marqué les esprits et compliqué les ralliements ultérieurs. Pourtant, malgré la douleur et l’incompréhension, certains marins ont choisi de ne pas baisser les bras.

Le cuirassé Strasbourg, l’un des rares navires à avoir pu s’échapper, a rejoint Toulon, mais l’attaque a montré au monde que la France, même blessée, ne se rendrait pas. Les survivants, eux, ont dû faire un choix : rester fidèles à Vichy ou rejoindre les Forces françaises libres. Beaucoup, malgré tout, ont fini par rallier Londres, portés par l’honneur et la volonté de continuer le combat.

À retenir : des actes de courage qui ont changé le cours de l’Histoire

  • Les marins de l’île de Sein : 132 hommes partent les 24 et 26 juin 1940 sur des bateaux de pêche pour rejoindre l’Angleterre. Ils seront les premiers volontaires des FNFL.
  • Le Zénith : Premier navire civil à rallier de Gaulle, symbole de la résistance civile en mer.
  • Mers el-Kébir : 1 297 morts, un drame qui a renforcé la détermination des marins à ne pas laisser la flotte tomber aux mains de l’ennemi.
  • Le sous-marin Narval : Premier bâtiment militaire à rallier Malte le 26 juin 1940, suivi par d’autres comme le Rubis.

Le Bataillon du Pacifique : les Tamari’i volontaires, l’audace venue des mers lointaines

Alors que la métropole s’enfonce dans la défaite, l’Outre-mer se lève. Le 2 septembre 1940, Tahiti se rallie à la France libre par référendum, suivi par la Nouvelle-Calédonie le 19 septembre. Un acte de courage politique rare, qui montre que la France n’était pas toute entière sous le joug de Vichy.

C’est dans ce contexte que naît le Bataillon du Pacifique, formé de 600 hommes : 300 Tahitiens et 300 Calédoniens, surnommés les « Tamari’i volontaires » (« les enfants volontaires » en tahitien). Le capitaine Félix Broche, un officier marseillais, en est l’âme. Plus de 1 000 volontaires se présentent à la caserne Bruat de Papeete pour s’engager, mais seuls 300 Tahitiens sont sélectionnés. Ils quittent leur île le 21 avril 1941 à bord du Monowai, direction la Nouvelle-Calédonie, puis le Moyen-Orient.

Leur devise ? *« *Ia ora Farani vī ‘ore » (« Vive la France libre »). Leur exploit ? La bataille de Bir Hakeim (mai-juin 1942), où ils résistent héroïquement aux forces de l’Axe. Leur tribut ? 76 morts tahitiens et 80 morts calédoniens et néo-hébridais.

Les femmes et les hommes de la mer : l’engagement oublié

La Résistance en mer ne se limite pas aux militaires. Les marinettes, ces ambulancières intégrées au régiment blindé de fusiliers marins, ont joué un rôle clé, du Maroc à la Bavière, de la Normandie à la Libération de Paris. Raymonde Teyssier-Jore, Canaque de Nouvelle-Calédonie, s’engage comme chauffeur à Londres avant de rejoindre l’Afrique. Des femmes de Saint-Pierre-et-Miquelon, des Antilles, des États-Unis ont aussi rejoint les FNFL ou les réseaux de résistance.

Et que dire des pêcheurs, des mécaniciens, des radio-opérateurs ? Tous ont contribué, parfois au péril de leur vie, à maintenir la France dans la guerre. Les convois de la marine marchande, ravitaillant la Grande-Bretagne, ont été une artère vitale pour les Alliés.

Hommage : la mer, éternel symbole de liberté

Aujourd’hui, 8 mai 2026, alors que nous commémorons la victoire de 1945, n’oublions pas ceux qui ont fait de la mer un champ de bataille pour la liberté.

  • Aux marins de l’île de Sein, parties sur des bateaux de pêche vers l’inconnu.
  • Aux victimes de Mers el-Kébir, dont le sang a scellé l’honneur de la Marine nationale.
  • Aux Tamari’i volontaires, ces « enfants » du Pacifique qui ont quitté leurs îles pour défendre une France qu’ils n’avaient jamais vue.
  • Aux Marinettes, aux femmes de l’ombre, dont l’engagement a trop souvent été effacé des livres d’Histoire.
  • À tous les hommes et femmes de la mer, pêcheurs, militaires, résistants, qui ont refusé la défaite et choisi le combat.

La mer a été leur arme, leur refuge, leur espoir. Et c’est grâce à eux que, malgré les tempêtes, la France a tenu.

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