La France vient de franchir une étape majeure dans la protection de ses espaces maritimes. Le 17 décembre 2025, les ministères de la Transition écologique et de la Mer ont annoncé la labellisation de 63 nouvelles « Zones de Protection Forte en mer » (ZPF), couvrant désormais près de 467 000 km² d’eaux françaises. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie ambitieuse visant à porter à 14,8 % la part du territoire maritime français sous protection forte d’ici fin 2026, un objectif fixé par le Président de la République lors de la Conférence des Nations unies sur les océans (UNOC) en juin 2025. Mais que signifie concrètement ce label ? Quels sont les sites concernés et les enjeux pour la biodiversité marine ?
À retenir
- 63 sites labellisés : ces zones, réparties de la Manche à la Méditerranée et jusqu’aux Outre-mer, représentent désormais 4,8 % des eaux maritimes françaises sous protection forte.
- Objectif 2026 : atteindre 14,8 % du territoire maritime français en protection forte, soit une multiplication par trois de la surface actuelle.
- Un label, deux modes de reconnaissance : soit par statut existant (cœurs de parcs nationaux, réserves naturelles), soit après étude au cas par cas.
- Des activités encadrées : pêche, extraction, tourisme sont interdits ou strictement limités dans ces zones pour préserver les écosystèmes les plus sensibles.
- Une démarche collective : État, préfets maritimes, gestionnaires d’aires protégées, collectivités, scientifiques et acteurs locaux sont mobilisés.
- Exemples emblématiques : cœur marin du parc national de Port-Cros, réserve naturelle de Lilleau-des-Niges (île de Ré), Banc de la Cordelière (îles Eparses).
Pourquoi un label « Zone de Protection Forte en mer » ?
Un outil pour préserver la biodiversité
Les ZPF sont conçues pour protéger durablement les écosystèmes marins les plus fragiles. Contrairement aux simples aires marines protégées (AMP), où certaines activités peuvent être autorisées, les ZPF interdisent ou encadrent strictement la pêche, l’extraction minière ou certaines activités touristiques. L’objectif : garantir la résilience des habitats et des espèces, et préparer une pêche durable pour l’avenir.
Une réponse aux engagements internationaux
La France, deuxième espace maritime mondial, s’est engagée lors de l’UNOC à renforcer la protection de ses océans. Ce label concrétise ces promesses et s’inscrit dans la Stratégie nationale biodiversité 2030 et la Stratégie nationale mer et littoral, qui visent notamment à atteindre 10 % de protection forte des eaux métropolitaines d’ici 2030 et 30 % d’aires marines protégées.
Les 63 sites labellisés : où et pourquoi ?
Répartition géographique
Les nouvelles ZPF couvrent l’ensemble des façades maritimes françaises :
- Manche-Atlantique : , réserve naturelle de Lilleau-des-Niges (île de Ré).
- Méditerranée : zones côtières et récifs prioritaires.cœur marin du parc national de Port-Cros
- Outre-mer : Banc de la Cordelière (îles Eparses), récifs coralliens, herbiers de posidonie.
Exemples marquants
Exemples de ZPF labellisées en décembre 2025
| Site | Localisation | Superficie | Écosystèmes protégés |
|---|---|---|---|
| Cœur marin du parc national de Port-Cros | Méditerranée | 1 700 ha | Herbiers de posidonie, récifs, espèces endémiques |
| Réserve naturelle de Lilleau-des-Niges | Île de Ré (Atlantique) | 0,65 km² | Vasières, oiseaux d’eau, herbiers |
| Banc de la Cordelière | Îles Eparses (océan Indien) | NC | Récifs coralliens, biodiversité marine |
Ces sites ont été choisis pour leur richesse écologique et leur rôle clé dans la reproduction des espèces ou la régulation des écosystèmes.
Quels impacts pour les usagers de la mer ?
Pour les pêcheurs
- Interdictions ciblées : chalutage de fond, pêche destructrice, mouillage sauvage sont prohibés dans ces zones.
- Accompagnement : des dérogations peuvent être accordées pour la pêche artisanale, sous conditions strictes.
- Bénéfices attendus : à terme, la protection des zones de reproduction devrait permettre une régénération des stocks halieutiques.
Pour les plaisanciers et touristes
- Règles renforcées : mouillage interdit dans certaines zones, accès limité aux sites sensibles.
- Sensibilisation : les gestionnaires d’AMP multiplient les actions d’information pour expliquer les enjeux et les règles.
Une protection forte, mais des critiques persistent
Un label parfois jugé « flou »
Certains scientifiques et ONG soulignent que le statut de ZPF n’a pas toujours d’effet normatif fort. « C’est avant tout un label sans effet concret », estime Pascale Ricard, juriste en droit international de la mer. La vraie protection passe par des moyens de contrôle et des sanctions adaptées.
Un défi de gouvernance
La mise en œuvre des ZPF nécessite une coordination entre État, collectivités et usagers. L’interaction avec le secteur de la pêche professionnelle reste un enjeu majeur, notamment pour identifier des zones acceptables par tous.
Prochaines étapes
- 2026 : atteindre 14,8 % de protection forte, avec un focus sur les Outre-mer où la biodiversité est particulièrement menacée.
- 2030 : 10 % des eaux métropolitaines en protection forte, conformément à la Stratégie nationale biodiversité.
- Renforcement des contrôles : l’État promet des moyens accrus pour faire respecter les règles dans les ZPF.
En savoir plus
- Liste officielle des 63 sites labellisés (BO du 17/12/2025)
- Stratégie nationale pour la mer et le littoral 2024-2030