La Solitaire du Figaro, course mythique du paysage nautique français, s’apprête à tourner une page de son histoire. À partir de 2028, les Figaro Bénéteau, ces monocoques monotypes qui ont formé des générations de skippers, laisseront leur place aux Ocean Fifty, des multicoques plus rapides et plus spectaculaires. Une décision lourde de sens, qui interroge l’avenir même de la classe Figaro et, au-delà, celui de la formation des marins en France.
À retenir
- La Solitaire du Figaro abandonne les Figaro Bénéteau pour des Ocean Fifty à partir de 2028.
- La classe Figaro, historique et formatrice, risque de perdre son épreuve phare, ce qui pourrait remettre en cause son existence.
- Le Figaro Bénéteau est un bateau unique : monotype, il met en avant le talent pur des skippers, sans avantage technologique.
- Sans la Solitaire, l’intérêt d’investir dans un Figaro Bénéteau diminue fortement, ce qui pourrait pousser les skippers vers des alternatives comme le Sun Fast 30 One Design, moins coûteux et plus polyvalent.
- Dans un contexte économique difficile pour les skippers, le passage à l’Ocean Fifty, bien plus onéreux, soulève des questions sur la pertinence de cette transition.
Pourquoi cette décision est-elle historique ?
La classe Figaro Bénéteau est bien plus qu’une simple catégorie de bateaux. Depuis des décennies, elle incarne l’école de la course au large à la française. Monotype, exigeante, elle permet de révéler le vrai talent des skippers, sans que la performance ne soit faussée par des différences de matériel. C’est un bateau qui mixte course au large et régate, offrant une formation complète, idéale pour préparer les grands défis comme le Vendée Globe ou la Route du Rhum.
La Solitaire du Figaro, épreuve reine de cette classe, est un passage obligé pour quiconque souhaite se faire un nom dans le monde de la voile. Supprimer cette course du calendrier Figaro, c’est risquer de vider la classe de sa substance. Sans elle, quel intérêt pour un skipper d’investir dans un Figaro Bénéteau ? Le championnat de France Elite de course au large, qui s’articule autour de cette classe, pourrait lui aussi perdre de son attrait, même si les responsables de la classe assurent travailler à une alternative.
Quelles alternatives pour les skippers ?
Face à cette transition, certains skippers pourraient se tourner vers d’autres supports, comme le Sun Fast 30 One Design. Moins cher à l’achat et à l’entretien, plus polyvalent, il pourrait séduire de nombreux marins à la recherche d’un support sans exploser leur budget. Mais est-ce vraiment comparable ? Le Figaro Bénéteau reste un bateau conçu pour la course au large, avec une robustesse et une ergonomie adaptées aux longues étapes en solitaire.
Un contexte économique tendu
La voile professionnelle traverse une période difficile. Les budgets se resserrent, les sponsors se font plus rares, et les skippers peinent à boucler leurs financements. Dans ce contexte, le passage à l’Ocean Fifty, dont le coût est bien supérieur à celui d’un Figaro Bénéteau, pose question. Est-ce le bon moment pour une telle révolution ? Certains y voient une opportunité de moderniser la course, d’autres une prise de risque inutile, qui pourrait exclure de nombreux talents faute de moyens.
Et demain ?
La classe Figaro Bénéteau ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Elle continuera d’exister, avec son championnat et ses épreuves, mais sans la Solitaire, son âme risque de s’étioler. Les organisateurs assurent que les fondamentaux de la course resteront inchangés : solitaire, par étapes, avec un classement au temps. Mais le changement de support marque un tournant, dont les conséquences sur l’écosystème de la voile française restent à mesurer.
Une chose est sûre : cette décision ne laisse personne indifférent. Elle interroge sur l’avenir de la formation des skippers, sur l’accessibilité de la course au large, et sur l’équilibre entre tradition et innovation. Dans un monde où la voile doit sans cesse se réinventer pour survivre, cette transition vers l’Ocean Fifty pourrait bien être un pari audacieux… ou un coup de trop pour la classe Figaro.
Derrière la Solitaire c’est l’organisateur OC Sports Pen Duick. L’histoire de cette société est très intéressante. À l’origine on trouve la fondation Pen Duick en 73 par Eric lui-même pour gérer les participations diverses de tous les Pen Duick. Ensuite la fondation crée une activité d’organisation de courses: c’est le Rhum et la Solitaire. En 2004 la partie organisation de courses est rachetée par Le Télégramme (médias et autres), Marie Tabarly ne gardant que la fondation.
Par ailleurs Mark Turner et Ellen MacArthur créent la société Offshore Challenge pour gérer l’activité sportive d’Ellen en 98. Puis OC rachète The Transat et crée Barcelona World Race. Ellen MacArthur quitte OC et cette dernière fusionne avec le suisse Third Pole et la nouvelle société devient OC Sport. En 2014 le Groupe Telegramme rachète la majorité des actions de OCS et devient OC Sport Pen Duick qui abandonne le gestion d’écuries et d’événementiels. et rachète le Tour de Belle-Île et crée Arkea Ultim Challenge Brest. et devient la plus grosse société organisatrice de courses à la voile au monde.
Il s’agit donc d’une société financière qui cherche à maximiser ses profits. Les revenus proviennent des sociétés qui accolent leur nom à une course. Pour vendre plus cher, la création de courses n’étant pas infinie, il faut offrir une visibilité de plus en plus grande et là c’est le saut inéluctable vers le spectaculaire: obligation de produire un compte rendu journalier pour chaque skipper, village de départ et d’arrivée, etc. Même processus pour tous les sports: foot, tennis, basket, F1 …
Pour augmenter le spectaculaire OCS, s’inspirant probablement de la F1 s’essaye au changement de véhicule. Premier essai avec la Route du Rhum où les vieux ORMA se retrouvent dans la catégorie dénommée désormais Vintage Multi où se retrouvent aussi les tri historiques de Newick et Greene; parallèlement les dimensions mini sont légèrement remontées et la sélection pour y participer devient plus draconienne, il semble qu’Acapella de Charlie Capelle (6 Rhum à son actif et part en Novembre pour la 7e fois) soit devenu le seuil , difficile d’éliminer un tel marin qui a une telle histoire d’amour avec son bateau. De plus les MOD 70 ne peuvent plus participer, peut-être pas assez nombreux et ce sont des monotypes considérés comme moins spectaculaires.
Après le Rhum c’est en toute logique que la Solitaire change de monture: exit les Figaro 3 monotypes beaucoup moins spectaculaires que les Fifties.
Cela repose sur un présupposé: le public serait plus sensible aux bateaux différents qui offriraient un spectacle plus grandiose, les monotypes voient s’affronter des hommes et des femmes, leur savoir-faire, leur endurance, leur stratégie etc; l’individu au-delà de la machine. Ces courses deviennent de plus en plus réservées aux professionnels soutenus par des écuries financièrement bien dotées. Les modes de sélection des participants freinent les sponsors de coureurs amateurs.
C’est une affaire de gros sous et c’est au détriment de l’avenir.
C’est le reflet des choix actuels le court terme et la rentabilité immédiate.
Investir et préparer l’avenir ne sont plus à l’ordre du jour.
Exemple dramatique le manque de moyens des pompiers pour lutter contre les incendies.