On m’a souvent demandé pourquoi le lagon du François reste, année après année, l’une des sorties les plus recherchées de la côte atlantique martiniquaise. La réponse tient en quelques mots : huit îlets, une barrière de corail qui casse la houle, et des bancs de sable si peu profonds qu’on croirait marcher sur une piscine à ciel ouvert. Mais derrière la carte postale, il y a une vraie logistique, des règles de mouillage, et des choix à faire avant même de mettre un pied sur un ponton.
Le mouillage sur les fonds blancs
Les fonds blancs désignent ces hauts-fonds sableux qui émergent à peine de l’eau, formés par l’accumulation de sédiments coralliens derrière le récif barrière. On y a pied sur plusieurs centaines de mètres, dans une eau qui dépasse rarement le mètre de profondeur, ce qui explique pourquoi le site attire autant les familles que les plongeurs occasionnels munis d’un simple masque. Certains prestataires organisent d’ailleurs des sorties en excursion vers l’îlet Martinique, comme celles proposées par Chabin Island, qui permettent de combiner la découverte des fonds blancs avec un mouillage plus abrité sur la journée.
Le mouillage lui-même obéit à une distinction qu’on oublie trop souvent. Un arrêté préfectoral de novembre 2018 impose des positions cartographiées, mais uniquement aux navires de plus de cinquante mètres, une catégorie qui ne concerne évidemment pas les petits bateaux de location ou d’excursion du lagon. Pour ces derniers, la règle est plus souple : le mouillage reste libre en dehors des zones interdites, à condition que l’ancre et la chaîne n’abîment pas les récifs coralliens, protégés depuis un arrêté distinct de 2017.
En pratique, la plupart des skippers locaux évitent instinctivement ces zones sensibles, tandis qu’un néophyte qui loue un bateau pour la journée gagnera à vérifier où poser son ancre avant de s’installer pour la baignade.
La Baignoire de Joséphine, mythe et réalité
Le nom vient d’une légende bien ancrée dans la mémoire locale : l’impératrice Joséphine de Beauharnais, née à Trois-Îlets, aurait aimé s’y baigner régulièrement. Vérifiable ou pas, l’histoire a suffisamment collé au lieu pour qu’on ne l’appelle plus autrement. Le site se situe précisément entre l’îlet Thierry et l’îlet Oscar, à environ deux kilomètres et demi au large du François, protégé par la barrière de corail qui casse l’essentiel du clapot venu de l’Atlantique.
Ce qui frappe, en y arrivant pour la première fois, c’est le contraste entre le bleu profond du large et ce turquoise presque irréel une fois qu’on franchit la passe. L’eau y est très peu profonde, entre cinquante centimètres et un mètre cinquante selon les zones, et la transparence permet d’observer le fond sans effort.
Comme il n’est pas possible de rejoindre le site à la nage depuis la côte, l’accès se fait exclusivement en bateau, en catamaran ou en kayak. La saison sèche, globalement plus calme sur cette façade atlantique, offre en général un confort de navigation supérieur, sans que cela n’empêche des sorties agréables une bonne partie de l’année.
L’îlet Chancel et sa colonie d’iguanes
Situé plus au nord, dans la baie du Robert, l’îlet Chancel est le plus vaste des dix îlets de cette baie et abrite l’une des populations les mieux suivies de l’iguane des Petites Antilles, une espèce endémique classée en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature.
Les campagnes annuelles de capture-marquage-recapture menées entre 2017 et 2019 situent la population adulte quelque part entre quatre cent quatre-vingts et sept cent dix individus environ, un chiffre relativement stable sur la période mais que les chercheurs jugent en légère baisse par rapport au début des années 2010. La prédation exercée par les rats sur les œufs reste l’une des causes identifiées, ce qui justifie des campagnes régulières de dératisation menées par l’Office national des forêts.
L’îlet garde aussi les vestiges d’une ancienne exploitation du dix-huitième siècle qui combinait sucrerie, four à chaux et poterie, cette dernière ayant été détruite par des cyclones successifs. Les mâles se reconnaissent à leur robe grise, les femelles et les juvéniles à leur teinte plus verte. Des enclos de reproduction ont par ailleurs été aménagés pour favoriser la ponte, un détail qui montre à quel point ce petit bout de terre concentre à la fois un intérêt naturaliste et une pression touristique qu’il faut gérer avec un minimum de discipline, notamment en gardant ses distances et en évitant tout contact avec les animaux.
Louer un bateau ou partir avec un opérateur
Là, deux logiques s’affrontent, et le choix dépend surtout du profil du groupe. Louer un bateau sans permis, disponible au François pour des embarcations homologuées jusqu’à quatre ou cinq personnes avec un moteur de six chevaux, offre une liberté totale sur le tracé de la journée. On part à l’heure qu’on veut, on s’arrête où l’envie nous prend, et le tarif journalier tourne généralement autour de cent quatre-vingts euros selon la saison et le type d’embarcation. C’est souvent moins coûteux qu’une sortie encadrée pour un groupe complet, à condition d’accepter de faire soi-même la navigation, avec un tracé fourni au moment du briefing.
Partir avec un opérateur local change complètement l’expérience. Le skipper connaît les hauts-fonds, les zones de mouillage à privilégier, et sait lire la météo mieux que n’importe quel néophyte débarqué la veille. Les formules à la journée, généralement organisées en demi-journée de trois heures ou en journée complète de dix heures à seize heures trente, incluent souvent une visite commentée des îlets, un arrêt à la Baignoire de Joséphine, parfois un passage par l’îlet Chancel selon le circuit retenu. C’est un peu plus cher à la personne, mais on gagne en sérénité, surtout si la houle se lève ou si le groupe compte des enfants en bas âge.