après trois semaines de course et plus de 4 000 milles parcourus, le duo Sam Manuard – Erwann Le Mené a franchi le premier la ligne d’arrivée. Mais dans cette course en temps compensé, la victoire n’est pas encore jouée.
À retenir
- Première arrivée : Sam Manuard et Erwann Le Mené ont franchi la ligne d’arrivée à Fort-de-France ce lundi 11 mai à 13h12 (heure locale), après 21 jours, 2 heures, 12 minutes et 12 secondes de course.
- Parcours : Plus de 4 000 milles entre La Trinité-sur-Mer et la Martinique, avec un tracé exigeant et des conditions météo instables.
- Bateau : Un Pogo RC nouvelle génération, dessiné par Sam Manuard, optimisé pour la jauge IRC mais avec un rating élevé (30 minutes de handicap par jour).
- Engagement solidaire : Le duo soutenait l’association Guérir en Mer, qui accompagne les professionnels de santé en burn-out via la voile.
- Classement final incertain : La victoire en temps compensé (IRC) reste ouverte. Eric Guigné et Maxime Paul (JPK 10.50) pourraient l’emporter s’ils franchissent la ligne avant minuit.
Une arrivée historique, mais pas encore une victoire
Ce lundi 11 mai 2026, à 13h12 (19h12 en France métropolitaine), le Pogo RC de Sam Manuard et Erwann Le Mené a coupé en premier la ligne d’arrivée de la 3ᵉ édition de la Cap-Martinique, après 21 jours, 2 heures, 12 minutes et 12 secondes de navigation. Une performance remarquable pour ce duo composé d’un architecte naval de renom et d’un maçon passionné de voile, qui a mené la course de bout en bout, malgré des conditions météo complexes et un parcours rallongé à plus de 4 000 milles.
Pourtant, cette première place en temps réel ne garantit pas la victoire finale. La Cap-Martinique se court en effet sous jauge IRC, un système de temps compensé qui prend en compte les caractéristiques techniques de chaque bateau. Avec un rating élevé (1,08), leur Pogo RC accumule 30 minutes de handicap par jour, soit 21 heures au total à concéder à leurs poursuivants. Ainsi, Eric Guigné et Maxime Paul (Ose, JPK 10.50) pourraient encore l’emporter s’ils franchissent la ligne avant minuit, leur arrivée étant estimée vers 20h ce soir.
Un duo et un bateau hors norme
Sam Manuard : l’architecte-coureur
Sam Manuard est l’une des figures majeures de la course au large contemporaine. Architecte naval autodidacte, il a signé des bateaux performants pour les plus grandes épreuves océaniques (IMOCA, Class40, Mini 6.50) et navigue aussi sur ses propres créations. Son palmarès inclut des victoires en Mini Transat, des podiums sur le circuit Class40, et des designs innovants comme le First 36 ou le Pogo RC.
Erwann Le Mené : le passionné engagé
Maçon et maître d’œuvre de métier, Erwann Le Mené partage avec Manuard une passion pour la voile amateur engagée. Leur collaboration sur cette transat s’inscrit dans une logique de performance et de solidarité, avec le soutien à l’association Guérir en Mer. Fondée en 2019 par Marine Crest-Guilluy (médecin) et Jean-Baptiste Bourlard (kinésithérapeute), cette structure propose aux soignants en épuisement professionnel des séjours en mer pour se ressourcer.
Le Pogo RC : un bateau taillé pour l’IRC
Le Pogo RC est le fruit d’une collaboration entre Sam Manuard et Bernard Nivelt, spécialiste de la jauge IRC. Ce voilier de 10,26 mètres, conçu pour les courses hauturières, allie vitesse, planing et optimisation du rating. Son cockpit spacieux et ses winches nombreux facilitent les manœuvres en solo ou en duo.
Une édition 2026 plus exigeante que jamais
Un parcours rallongé et technique
Contrairement aux éditions précédentes, le tracé 2026 a été allongé à plus de 4 000 milles, avec un passage obligatoire au sud de Porto Santo (Madère) avant de plonger vers les alizés. Ce choix a été dicté par la nécessité d’éviter les zones de tempêtes au nord et d’optimiser les conditions météo, souvent instables en avril-mai dans l’Atlantique Nord.
Les concurrents ont dû composer avec :
- Des alizés peu établis en début de course, obligeant à des choix stratégiques audacieux.
- Un pot-au-noir redouté en approche de l’équateur, zone de transition orageuse entre les alizés des deux hémisphères.
- Des zones de vents contraires ou faibles, notamment entre les Canaries et le Cap-Vert, où Manuard et Le Mené ont osé une route plus au sud, payante en termes de vitesse mais risquée.
Une flotte engagée et solidaire
La 3ᵉ édition de la Cap-Martinique a réuni 45 bateaux et 76 marins, dont 14 solitaires et 31 équipages en duo. Parmi eux, de nombreux récidivistes (20 marins participaient déjà aux éditions précédentes) et des nouveaux venus, preuve de l’attractivité croissante de cette transat 100 % amateur.
Une particularité de cette course : chaque équipage soutient une association. En 2026, près de 50 structures (santé, environnement, inclusion) sont mises en avant, renforçant la dimension humaine et solidaire de l’épreuve.
L’esprit Cap-Martinique : entre compétition et aventure
Sam Manuard et Erwann Le Mené ont souligné l’esprit unique de cette course :
« La Cap-Martinique, c’est une course à part. Il y avait un groupe WhatsApp entre les concurrents, et la solidarité était incroyable. Les gars racontaient leurs galères, se filaient des coups de main… C’est le plus bel esprit amateur que je connaisse. »
Leur traversée a été rythmée par :
- Des glissades sous spi dans des conditions idéales.
- Des nuits courtes et une vie à bord intense.
- Des passages sans vent, testant leur endurance et leur patience.
- Une aventure humaine marquée par la proximité des côtes africaines, des Canaries, du Cap-Vert, et enfin du rocher du Diamant, symbole de l’arrivée en Martinique.
Et maintenant ?
Les prochains équipages sont attendus dans les prochaines heures à Fort-de-France. Parmi les favoris pour le classement IRC :
- Eric Guigné et Maxime Paul (Ose, JPK 10.50) : leur bateau, mieux noté en temps compensé, pourrait leur offrir la victoire s’ils arrivent avant minuit.
- Les autres duos en Pogo RC ou JPK, dont les temps réels seront ajustés selon leur rating.
Cette 3ᵉ édition confirme la montée en puissance sportive de la Cap-Martinique, où stratégie, endurance et gestion du matériel priment souvent sur la seule performance du bateau. Une course où l’humain compte autant que la technique.