Si un bateau a marqué l’histoire de la mer, des océans et de la France, ces 30 dernières années, c’est bien la Goélette imaginée et conçue par Jean Louis Etienne, le célèbre explorateur et médecin français. Ce bateau, anciennement Antarctita et devenu Tara, rentrera dans le patrimoine collectif français. Présentation d’un voilier né pour la science et la nature.
Tara, anciennement connu sous les noms d’Antarctica puis de Seamaster, est bien plus qu’un bateau : c’est un laboratoire flottant, un ambassadeur des océans et un symbole de l’aventure scientifique au service de la planète. Conçu pour affronter les conditions les plus extrêmes, ce voilier a sillonné les mers du globe sous trois noms différents, porté par trois propriétaires visionnaires, et participé à des expéditions qui ont marqué l’histoire de la recherche océanographique, à l’image du Français, le bateau du commandant Charcot.
Découvrez l’histoire fascinante de ce navire hors norme, ses caractéristiques techniques uniques, ses aménagements pensés pour la vie en expédition, et ses missions scientifiques majeures. Que vous soyez passionné de voile, amateur d’aventures polaires ou simplement curieux des enjeux environnementaux, l’épopée de Tara ne manquera pas de vous inspirer.
Présentation du voilier Tara
Tara est une goélette en aluminium de 36 mètres de long et 10 mètres de large, dotée d’une coque arrondie en forme de « noyau d’olive ». Cette forme particulière lui permet de résister à la pression des glaces en étant soulevée plutôt que broyée, une innovation inspirée du célèbre Fram, le navire de l’explorateur norvégien Fridtjof Nansen. Sans quille, avec deux safrans et une structure renforcée, Tara est l’un des plus grands dériveurs polaires jamais construits, capable de naviguer aussi bien dans les eaux libres que dans les régions polaires les plus hostiles.
- Longueur : 36 mètres
- Largeur : 10 mètres
- Tirant d’eau : 1,50 à 3,50 mètres
- Déplacement : 130 tonnes (180 tonnes en expédition polaire)
- Voilure : 400 m²
- Gréement : Goélette à deux mâts de 27 mètres chacun
- Matériau de la coque : Aluminium (3 fois plus léger que l’acier, résistant au froid et aux chocs)
- Vitesse moyenne : 6 à 7 nœuds (jusqu’à 10 nœuds par vent favorable)
- Autonomie : 5 000 milles marins
- Équipage : Jusqu’à 16 personnes (6 marins, 7 scientifiques, 1 correspondant de bord, 2 invités ou artistes)
Des aménagements pensés pour la vie en expédition
À bord, l’espace est optimisé pour allier confort, sécurité et efficacité scientifique. Le carré central (salon, cuisine, bibliothèque) fait office de cœur de vie, tandis que 8 cabines doubles permettent d’accueillir l’équipage et les chercheurs. La cale avant sert de zone de stockage (8 tonnes de nourriture pour les longues missions), et la cale arrière abrite les équipements techniques. Un laboratoire humide et un laboratoire sec sont installés sur le pont, modulables selon les besoins des expéditions. Pour affronter le froid polaire, l’habitacle est isolé par une « peau » de mousse synthétique, et un système de chauffage maintient une température supportable, même à -40°C.
- Surface habitable : 130 m² (sans compter les cales)
- Énergie : 2 moteurs Diesel de 350 chevaux, panneaux solaires, éoliennes
- Eau douce : Réservoir de 6 000 litres + dessalinisateur (200 L/h)
- Sécurité : Broyeur et compacteur de déchets, radeaux de sauvetage, système de traitement des eaux usées
L’histoire du voilier : trois propriétaires, trois destins
1. Antarctica (1989-1996) : le rêve polaire de Jean-Louis Étienne
En 1989, le médecin explorateur Jean-Louis Étienne fait construire Antarctica au chantier SFCN de Villeneuve-la-Garenne, avec pour objectif de réaliser une dérive transpolaire en Arctique, à l’image de l’expédition du Fram un siècle plus tôt. Le voilier, conçu par les architectes Luc Bouvet et Olivier Petit, est lancé avec une coque en aluminium et un dôme en PVC pour conserver la chaleur. Pendant cinq ans, Jean-Louis Étienne mène des expéditions en Antarctique, Patagonie et Spitzberg, mais faute de financements, il doit renoncer à son projet de dérive et vend le navire en 1996.
2. Seamaster (1999-2003) : l’engagement environnemental de Peter Blake
Le navigateur néo-zélandais Peter Blake, vainqueur de la Coupe de l’America et ambassadeur du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), rachète le voilier et le rebaptise Seamaster. Il en fait un outil au service de la défense des océans, mais son aventure s’achève tragiquement en 2001, lorsqu’il est assassiné par des pirates sur l’Amazone. Le bateau reste à quai pendant deux ans, avant d’être racheté par un nouveau propriétaire déterminé à poursuivre sa mission.
3. Tara (depuis 2003) : la fondation Tara Océan et les grandes expéditions scientifiques

En 2003, Étienne Bourgois, directeur général de la marque agnès b. et passionné d’écologie, acquiert la goélette et lui donne son nom actuel : Tara, qui signifie « étoile » en tibétain. Il crée le projet Tara Expéditions, puis la Fondation Tara Océan, pour organiser des missions scientifiques ambitieuses et sensibiliser le public à la protection des océans. Depuis, Tara a réalisé plus de dix expéditions majeures, devenant un symbole mondial de la recherche océanographique et de la lutte contre le changement climatique.
Les principales expéditions de Tara
Tara Arctic (2006-2008) : 507 jours prisonnière des glaces
Pour étudier les changements climatiques en Arctique, Tara se laisse volontairement enfermer par la banquise le 3 septembre 2006. Pendant 507 jours, l’équipage dérive sur 1 800 km, collectant des données sur l’atmosphère, l’océan et la glace. Le voilier s’approche à seulement 170 km du pôle Nord, et les scientifiques observent une diminution record de l’épaisseur de la banquise, confirmant l’accélération du réchauffement polaire.
Tara Oceans (2009-2013) : à la découverte du monde planctonique
Pendant 3 ans et demi, Tara parcourt 150 000 km à travers tous les océans du globe pour étudier le plancton, ces micro-organismes invisibles qui produisent la moitié de l’oxygène que nous respirons. L’expédition permet de collecter 35 000 échantillons et d’identifier 40 millions de nouveaux gènes microbiens, révolutionnant notre compréhension de la biodiversité marine.
Tara Méditerranée (2014) : le fléau des microplastiques
En 7 mois, Tara sillonne la Méditerranée pour évaluer l’impact des microplastiques sur l’écosystème marin. Les résultats sont alarmants : jusqu’à 2,5 millions de fragments de plastique par km² dans certaines zones, avec des conséquences dramatiques pour la faune et la chaîne alimentaire.
Tara Pacific (2016-2018) : les récifs coralliens en danger
Cette expédition de 2 ans et demi vise à étudier la biodiversité des récifs coralliens et leur capacité d’adaptation face au réchauffement climatique. Tara traverse le Pacifique, visite 40 archipels et collecte 40 000 échantillons, révélant l’urgence de protéger ces écosystèmes menacés.
Tara Microbiomes (2020-2022) : le microbiome océanique
Partie en décembre 2020, cette mission explore le microbiome marin (virus, bactéries, micro-algues) le long des côtes d’Amérique du Sud, d’Antarctique et d’Afrique. Les chercheurs étudient le rôle de ces micro-organismes dans la régulation du climat et leur sensibilité aux pollutions humaines.
Tara Trec (2023-2025) : l’impact humain sur les côtes européennes
Actuellement en cours, cette expédition analyse les écosystèmes côtiers de 22 pays européens, en collaboration avec le Laboratoire européen de biologie moléculaire (EMBL). L’objectif : comprendre comment les activités humaines affectent la biodiversité à l’échelle moléculaire.
Fiche technique de la goélette Tara
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Nom actuel | Tara (ex-Antarctica, ex-Seamaster) |
| Type | Goélette à deux mâts |
| Architectes | Luc Bouvet, Olivier Petit |
| Chantier naval | SFCN, Villeneuve-la-Garenne (France) |
| Lancement | 1989 |
| Longueur | 36 mètres |
| Largeur | 10 mètres |
| Tirant d’eau | 1,50 à 3,50 mètres |
| Déplacement | 130 tonnes (180 tonnes en expédition polaire) |
| Matériau de la coque | Aluminium (jusqu’à 25 mm d’épaisseur) |
| Voilure | 400 m² |
| Gréement | Goélette (2 mâts de 27 mètres) |
| Propulsion | 2 moteurs Diesel (350 chevaux chacun) + voiles |
| Énergie | Panneaux solaires, éoliennes, groupes électrogènes |
| Vitesse moyenne | 6-7 nœuds (jusqu’à 10 nœuds) |
| Autonomie | 5 000 milles marins |
| Capacité d’accueil | 16 personnes (6 marins, 7 scientifiques, 1 correspondant, 2 invités) |
| Laboratoires | 1 laboratoire humide, 1 laboratoire sec |
| Réservoirs | Eau douce : 6 000 L / Fioul : 45 m³ |
| Sécurité | Radeaux de sauvetage, broyeur de déchets, système de traitement des eaux |
| Port d’attache | Lorient (France) |
| Pavillon | Français |
| Classement | Bureau Veritas – 13/3 (E) |
Depuis plus de 30 ans, Tara incarne l’alliance entre aventure humaine, innovation technologique et engagement écologique. Ses expéditions ont permis des avancées majeures dans la compréhension des océans, du climat et de la biodiversité, tout en alertant le grand public sur les menaces qui pèsent sur ces écosystèmes fragiles.
Aujourd’hui, alors que la Fondation Tara Océan prépare de nouvelles missions et le projet Tara Polar Station (une base scientifique dériveante en Arctique), le voilier continue de naviguer au service de la science et de la planète et fait partie de l’histoire maritime. Son histoire rappelle que chaque geste compte pour préserver les océans, ces poumons bleus de la Terre.