Jean Baptiste Ternon: récit brut d’une Transat sous haute pression

Jean Baptiste Ternon et Gaëtan Thomas sont repartis de La Corogne, ce week-end. Récit de ces 24 premières heures pas simple à gérer, tactiquement et techniquement.

« Ce nouveau départ se mérite autant que le premier. » Le ton est donné. Pour Jean-Baptiste Ternon, skipper engagé sur la Transat Café l’Or en Class40, la course a commencé bien avant le franchissement de la ligne de départ. Deux jours de préparation intense, de course contre la montre, et au moment fatidique de quitter le quai, une première épreuve : l’absence cruelle d’informations météo. « Quel stress… », confie-t-il, soulignant l’angoisse du vide informationnel, ce flou qui peut faire basculer une stratégie en quelques heures.

Bricolage de fortune et ingéniosité en mer

La mer ne pardonne pas les imprévus. Pour résoudre un problème technique majeur, l’équipage a dû improviser : « Il nous faudra 3 heures pour solutionner le problème, en faisant courir un nouveau fil le long du mât, scotché au mât. Du bricolage peu orthodoxe, mais qui fonctionne ! » Une solution de fortune, typique de ces courses où l’adaptation prime sur la perfection. « C’est donc seul et bon dernier que nous passons la ligne », résume-t-il avec une pointe d’humour et de lucidité. Un départ en queue de peloton, mais un départ tout de même.

La houle, le vent et le clavier qui danse

Dès les premières miles, le décor est planté : « C’est reparti pour faire du près dans la houle. » Les conditions sont rudes, le vent « plus maniable » mais capricieux, émaillé de « nombreux grains » qui imposent des « manœuvres fréquentes ». « Beaucoup de manœuvres donc », insiste-t-il, rappelant que chaque virement de bord, chaque ajustement de voile, est une dépense d’énergie dans un environnement hostile. « D’où les nombreuses fautes de frappe… compliqué d’écrire quand le clavier saute toutes les 10 secondes ! » Une phrase qui en dit long sur l’intensité physique de la navigation.

La nuit et ses défis techniques

La nuit tombe à peine que surgit un nouveau coup de pression : « En début de nuit, nouveau coup de pression en allumant le moteur pour recharger les batteries… rien ne charge. » Un problème électrique, mystérieux et inquiétant. « C’est finalement revenu quand on a coupé puis relancé le moteur, mais j’espère que ce problème ne va pas s’aggraver. » L’incertitude plane, et avec elle, la crainte d’une panne plus grave. « On ne sait pas du tout ce qui se passe », avoue-t-il, révélant la vulnérabilité du marin face à la mécanique, même pour un routier aguerri.

La fatigue, dès le premier jour

« Je prends mon premier quart, je suis déjà bien fatigué et ce n’est que le premier jour ! » La phrase résonne comme un avertissement. La Transat Café l’Or n’est pas une course, c’est un marathon. Un marathon où la gestion de la fatigue, du stress et des imprévus commence dès les premières heures.

Le routage météo : un casse-tête permanent

Jean-Baptiste Ternon évoque un enjeu majeur : la recherche des alizés. « Je vous ferai un point routage demain, parce qu’il y a beaucoup à dire… » Derrière cette promesse se cache une réalité stratégique : trouver le bon angle pour attraper ces vents porteurs, synonymes de vitesse et de trajectoire optimale vers l’arrivée. « On sait que tout se joue là : bien négocier la descente vers les alizés, éviter les pièges des dépressions et des zones de calmes. » Un exercice d’équilibriste, où chaque mile compte.

Les alizés, ces vents réguliers des tropiques, sont la clé de la course. « Si on les rate, c’est la porte ouverte aux concurrents. » Mais pour les atteindre, il faut souvent traverser des zones de transition capricieuses, où les grains et les changements de vent sont légion. « C’est un jeu d’échecs avec la météo », résume-t-il. Un jeu où une erreur de routage peut coûter des heures, voire des places.

Pourquoi ce récit résonne-t-il ?

Ce message brut, presque brut de décoffrage, illustre parfaitement la réalité de la course au large :

  • L’improvisation : le bricolage de fortune, les solutions « peu orthodoxes » qui sauvent une course.
  • La pression technique : les pannes, les doutes, et cette mécanique qui peut trahir à tout moment.
  • L’usure physique : la fatigue qui s’installe dès le premier jour, dans un environnement où le repos est un luxe.
  • La stratégie météo : l’obsession des routages, des choix qui se jouent en heures de sommeil en moins.

Jean-Baptiste Ternon ne livre pas seulement un compte-rendu, il partage une expérience humaine, celle d’un marin seul face à l’océan, ses caprices et ses défis.

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