La France maritime se dote d’une feuille de route pour les six prochaines années, avec une vision à 2050. Les quatre façades maritimes (Manche Est-Mer du Nord, Nord-Atlantique-Manche-Ouest, Sud-Atlantique, Méditerranée) ont adopté leurs stratégies de façade, fruit de trois ans de concertation. Ces documents, alignés sur la Stratégie nationale pour la mer et le littoral (SNML) 2024-2030, visent à concilier développement économique, protection des écosystèmes et adaptation au changement climatique. Ils s’appuient sur une large consultation, dont le débat public « La Mer en débat » (novembre 2023-avril 2024), et bénéficieront du soutien du fonds vert.
À retenir
- Objectifs clés : Développement de l’éolien en mer (45 GW en 2050), protection forte de 10 % des espaces maritimes, pêche durable, maîtrise des impacts du tourisme, adaptation au recul du trait de côte, coopération interportuaire.
- Méthode : Co-construction avec l’État, les collectivités, les acteurs économiques et la société civile.
- Outils : Documents stratégiques de façade (DSF), fonds vert, cartographies d’évolution du littoral et des zones prioritaires pour l’éolien.
- Enjeux : Neutralité carbone, résilience des territoires, équité sociale, préservation de la biodiversité.
Les priorités de la Stratégie nationale pour la mer et le littoral 2024-2030
La SNML 2024-2030 s’articule autour de quatre axes majeurs :
- Décarbonation et énergies marines renouvelables : 18 GW d’éolien en mer en 2035, 45 GW en 2050, soit 20 % de la production électrique française.
- Protection des écosystèmes : 10 % des espaces maritimes sous protection forte d’ici 2030, restauration des milieux dégradés, réduction des pollutions.
- Adaptation au changement climatique : Gestion du recul du trait de côte, solutions fondées sur la nature, résilience des territoires littoraux.
- Équité et attractivité : Développement des métiers du maritime, égalité professionnelle, valorisation du patrimoine littoral.
Objectifs chiffrés de la SNML 2024-2030
| Objectif | Horizon 2035 | Horizon 2050 |
|---|---|---|
| Éolien en mer (GW) | 18 | 45 |
| Protection forte (% espace marin) | 10 | – |
| Réduction des émissions CO2 | En cours | Neutralité |
Le développement de l’éolien en mer : une pièce maîtresse

La France vise 45 GW d’éolien en mer en 2050, contre 1,5 GW aujourd’hui. Une cartographie des zones prioritaires a été publiée en octobre 2024, issue du débat public. Les prochains appels d’offres prévoient 8 à 10 GW supplémentaires, avec une attribution prévue à l’automne 2026. L’éolien flottant représentera 20 à 70 % de la capacité totale, selon les scénarios.
Carte des zones prioritaires :
- Manche Est-Mer du Nord : Projet Roche-Douvres (2 GW).
- Méditerranée : Golfe du Lion (2 GW).
- Nord-Atlantique : Bretagne, Golfe de Gascogne.
Défis : Conciliation avec la pêche, la biodiversité et les paysages, notamment dans les zones Natura 2000.
Protection des écosystèmes marins : un impératif
La SNML prévoit la mise sous protection forte de 10 % de l’espace maritime d’ici 2030, avec un accent sur les récifs coralliens, les herbiers et les puits de carbone marins. Les aires marines protégées (AMP) seront étendues et mieux gérées, en intégrant les impacts cumulés des activités humaines. La pêche durable est aussi au cœur des préoccupations, avec une baisse attendue de 10 % des volumes pêchés d’ici 2050 en raison du changement climatique.
Actions phares :
- Restauration écologique des milieux dégradés.
- Réduction des pollutions terrestres et maritimes.
- Développement de la recherche sur les grands fonds et les milieux polaires.
Recul du trait de côte : anticiper et s’adapter
20 % du littoral français est en recul, avec 5 200 logements et 1 400 locaux d’activité menacés d’ici 2050. La loi Climat et résilience (2021) impose aux communes concernées d’intégrer des cartes locales d’exposition dans leurs documents d’urbanisme. Des outils comme le droit de préemption ou les solutions fondées sur la nature sont déployés.
Chiffres clés :
- 1,2 milliard d’euros de valeur foncière menacée à 2050.
- 317 communes déjà listées pour adapter leur urbanisme.

5. Coopération interportuaire : mutualiser pour mieux competir
Les ports français renforcent leur coordination, notamment sur l’axe Nord (Hauts-de-France, Normandie, Grand Est). L’objectif est de proposer des offres logistiques compétitives, en synergie avec les ports du Benelux et de la Northern Range. Des conseils de coordination interportuaire pilotent cette dynamique.
Exemples :
- Fédération Norlink pour l’axe Nord.
- Coopération transfrontalière avec le Royaume-Uni et la Belgique.
6. Financement et gouvernance
Le fonds vert et les programmes européens soutiennent la mise en œuvre des DSF. Les conseils maritimes de façade assurent le suivi et l’évaluation des actions, en lien avec le Conseil national de la mer et des littoraux.
Conclusion Les stratégies de façade maritimes 2024-2030 dessinent une vision équilibrée pour les espaces maritimes et littoraux français. Leur succès dépendra de la capacité à concilier développement économique, transition écologique et résilience territoriale, dans un contexte de changement climatique accéléré.