L’océanographie française passe à la voile : 8 campagnes pour tester la recherche bas carbone

Et si la recherche scientifique en mer pouvait allier performance et respect de l’environnement ? C’est le défi que relève la Flotte océanographique française en lançant Avel Lab, un projet pionnier qui teste, pour la première fois à grande échelle, l’utilisation de voiliers pour des missions scientifiques. Entre mai et septembre 2026, huit campagnes vont sillonner les côtes atlantiques et la Manche à bord du Morskoul, un catamaran aménagé pour la recherche. Objectif : prouver que la voile peut réduire l’empreinte carbone des missions sans sacrifier la rigueur scientifique, à l’image de Tara Ocean ou Persévérance.

À retenir

  • 8 campagnes scientifiques en zone côtière entre mai et septembre 2026, à bord du catamaran Morskoul (15 m), équipé pour la recherche.
  • Objectif : évaluer la capacité d’un voilier à réduire l’empreinte carbone des missions en mer, sans compromettre la qualité des données.
  • Partenariat inédit entre la Flotte océanographique française (FOF) et la coopérative bretonne Skravik, lauréat du Fonds Vert 2025 (400 000 € de financement public).
  • Réduction estimée des émissions : jusqu’à 35 % de CO₂ en moins par rapport à un navire classique.
  • Zones concernées : Atlantique Nord-Est, Manche, golfe de Gascogne.

Les 8 campagnes Avel Lab en 2026

NomLieuPorteurObjectifs scientifiquesPériode
MAGSKOULBrestUniversité de StrasbourgDéploiement de capteurs magnétiques sur un navire d’opportunité.Mai 2026
MARMOR-AVELLa RochelleLa Rochelle UniversitéTests de drones marins autonomes (caractérisation colonne d’eau, niveau de la mer, détection de méthane dissous).Mai 2026
CARAMBARLes GlénanIfremerLocalisation d’engins de pêche perdus via drones autonomes (AUV).Juillet 2026
VELIPELLa TurballeIfremerMesures acoustiques et échantillonnage planctonique (impact parc éolien de Saint-Nazaire).Juillet 2026
SAILTEKBrestCNRSEssais techniques multi-instruments (carottage, drague, rosette, acoustique).Septembre 2026
SUNNYBrestIfremerAcoustique sous-marine, déploiement de sismomètres nouvelle génération, IA pour caractériser les sources sonores.Septembre 2026
CETAGASGolfe de Gascogne (Nord)Observatoire Pelagis, IRD, CNRS, Ifremer, ENSTAMarquage de cétacés et suivi innovant de la santé des mammifères marins.Septembre 2026

Pourquoi ce projet est une première en France

Un contexte : la décarbonation urgente de la recherche en mer

La Flotte océanographique française, l’une des cinq plus grandes au monde avec 17 navires et 6 engins sous-marins, dépend encore presque exclusivement des énergies fossiles. Pourtant, le secteur maritime représente 3 % des émissions mondiales de CO₂ – un chiffre en hausse. Face à l’urgence climatique et à la Stratégie nationale de la mer et du littoral (SNML) 2024-2030, la FOF cherche des alternatives.

La propulsion vélique (voile) émerge comme une solution immédiatement exploitable, capable de réduire les émissions de 20 à 40 % selon les conditions. Pourtant, son adoption reste marginale : seulement 60 à 70 navires dans le monde en sont équipés aujourd’hui, principalement pour le transport de marchandises.

Le Morskoul, un laboratoire flottant

Le Morskoul, catamaran Nautitech 475 de 15 mètres construit en 1996, a été aménagé pour la recherche :

  • Portique de manutention, treuil, potence polyvalente.
  • Systèmes énergétiques et informatiques dédiés.
  • Résistance aux conditions extrêmes (vents > 8 Beaufort, vagues > 4 m).

Avantages clés :
Navigation silencieuse : idéale pour les mesures acoustiques (ex. : suivi des cétacés).
Absence de contamination aux hydrocarbures : crucial pour les analyses chimiques.
Autonomie accrue : réduction des coûts de carburant et de l’empreinte carbone.

Les enjeux du projet Avel Lab

1. Valider la fiabilité scientifique

Les 8 campagnes testeront des protocoles variés :

  • Déploiement d’instruments (capteurs, drones, sismomètres).
  • Prélèvements (sédiments, plancton, eau).
  • Mesures acoustiques et chimiques.

Critère de succès : la qualité des données doit être équivalente à celle obtenue avec des navires traditionnels.

2. Construire un référentiel pour l’avenir

Après chaque campagne, les équipes analyseront :

  • La réussite des opérations.
  • Les ajustements nécessaires aux protocoles.
  • Les conditions de travail et de vie à bord.

Objectif final : établir un cahier des charges pour les futurs voiliers océanographiques de petit tonnage, et éventuellement élargir l’offre de moyens à la mer via des partenariats privés.

3. Un modèle économique alternatif

La coopérative Skravik, basée en Bretagne, promeut un modèle innovant :

  • Voiliers de travail polyvalents, adaptés à la recherche, la pêche ou la formation.
  • Économie circulaire : mutualisation des coûts et des équipements.
  • Transition écologique : réduction de l’empreinte environnementale du secteur maritime.

Exemple : Skravik a déjà mené 9 campagnes océanographiques depuis 2023 avec le Morskoul, pour des acteurs comme l’Ifremer.

Et ailleurs dans le monde ?

La France n’est pas la seule à explorer cette voie. Quelques exemples récents :

  • Fondation Tara Océan : 12 expéditions depuis 2003 sur une goélette de 36 m, pour la recherche climatique et biologique.
  • TOWT (Transport à la Voile) : Projet de cargos à voile réduisant les émissions à 20 g CO₂/T/km (contre 2 750 g pour un porte-conteneurs classique).
  • Neoliner : Cargo roulier hybride (voile + diesel-électrique) en développement, avec une réduction de 35 % des émissions.

Prochaines étapes

  • 2026 : 42 jours de campagnes pour Avel Lab, avec un retour d’expérience détaillé à la clé.
  • 2027-2030 : Possible généralisation si les résultats sont concluants, avec l’intégration de voiliers dans la flotte permanente de la FOF.
  • Horizon 2035 : La FOF prévoit déjà un nouveau navire semi-hauturier pour la Manche-Atlantique, avec une attention particulière à la décarbonation.

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