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Vendredi 13, un voilier, symbole d’une époque

Le Vendredi 13 est un trois-mâts mythique de 39 mètres, conçu en 1972 par l’architecte naval américain Dick Carter et construit au chantier TECIMAR à Saint-Nazaire. Ce voilier, techniquement une goélette à voile d’étai, a marqué l’histoire de la course au large en tant que premier voilier de cette taille conçu pour être barré en solitaire. Avec ses 35 tonnes et son gréement unique (trois génois bômés envergués sur trois mâts), il était considéré comme un défi technique et humain sans précédent pour son époque.

À retenir

  • Année de lancement : 1972
  • Architecte : Dick Carter
  • Chantier naval : TECIMAR (Saint-Nazaire, France)
  • Matériau : Sandwich fibre de verre/mousse polyuréthane
  • Longueur hors tout : 39,13 m
  • Poids : 35 tonnes
  • Type : Trois-mâts, goélette à voile d’étai
  • Programme initial : Transat anglaise (OSTAR) en solitaire
  • Skipper emblématique : Jean-Yves Terlain
  • Financeur : Claude Lelouch (via sa société de production, Les Films 13)
  • Labellisation : Bateau d’Intérêt Patrimonial (BIP) depuis 2016

Histoire du bateau

Le Vendredi 13 naît d’une idée audacieuse : construire le plus grand voilier jamais conçu pour une transat en solitaire. À l’époque, l’idée de barrer un tel géant seul était jugée folle, voire impossible. Pourtant, Jean-Yves Terlain, navigateur visionnaire, relève le défi avec le soutien financier du cinéaste Claude Lelouch, dont la société de production porte le nom de Les Films 13 – d’où le choix du nom, porte-bonheur pour le financeur.

Construit en 1972 au chantier TECIMAR de Saint-Nazaire, le bateau est mis à l’eau dans l’urgence pour participer à la Transat anglaise (OSTAR) la même année. Malgré des problèmes de gréement en cours de route, Terlain termine second, derrière Alain Colas sur Pen Duick IV. Cette performance prouve que le concept, bien que risqué, était viable.

Pour rentabiliser l’investissement, Terlain et sa compagne de l’époque, Karin Desboeuf, transforment le voilier en bateau de charter de luxe aux Antilles. Après des aménagements à La Rochelle, ils signent un contrat avec le Club Méditerranée et basent le bateau à Sainte-Anne en Martinique. Le Vendredi 13 devient alors un voilier de croisière haut de gamme, accueillant des passagers prestigieux pour des croisières vers les Grenadines. Parmi les marins ayant navigué à son bord, on compte des figures comme Yvon Fauconnier (qui tentera la Transat anglaise en 1976 avec ce bateau, sans succès), Titouan Lamazou, ou encore Karine Fauconnier, future navigatrice célèbre, qui y passe une partie de son enfance.

En 1978, Yvon Fauconnier renomme le bateau Lili-Aggie pour la première édition de la Route du Rhum, mais doit abandonner à Brest. Le voilier continue ensuite ses navigations entre les Antilles et les États-Unis, avant de connaître des problèmes structurels irréparables dans les années 1990. Une copie, baptisée Friday Star, est construite, mais sans jamais égaler l’aura de l’original.

En 1994, le Vendredi 13 est cédé pour 1 € symbolique au Conservatoire de la Plaisance de Bordeaux et exposé à terre, mâté mais sans sa quille, devant la base sous-marine. Après des années d’abandon, de vandalisme et de squat, il est racheté par Norbert Fradin, mécène et initiateur du futur Musée de la Mer et de la Marine de Bordeaux. Depuis 2016, l’association Rêves de Sens travaille à sa restauration, avec l’objectif de le remettre à flot et de lui redonner sa place dans l’histoire maritime française.

Aménagements intérieurs

À l’origine, le Vendredi 13 était conçu comme un voilier de course, avec des aménagements spartiates adaptés à la navigation en solitaire. Après sa transformation en bateau de charter, ses intérieurs ont été repensés pour offrir un confort haut de gamme à ses passagers.

Le bateau disposait de cabines spacieuses, dont une cabine propriétaire à l’arrière, ainsi que des espaces communs aménagés pour accueillir des croisiéristes en quête d’aventure et de luxe. La table à cartes, les coin toilettes, et un carré prolongé vers un triangle avant formant une couchette double faisaient partie des aménagements typiques. Les matériaux utilisés pour les finitions intérieures reflétaient le standing du bateau : bois nobles, tissus résistants à l’humidité, et des équipements de navigation performants pour l’époque.

Qualités marines

Le Vendredi 13 était réputé pour sa robustesse et sa capacité à affronter les pires conditions. Malgré sa taille imposante, il se montrait manœuvrable dans la brise, même si son skipper devait composer avec un gréement complexe. Son plan de voilure original (trois génois bômés sur trois mâts) lui conférait une puissance remarquable, mais aussi une sensibilité aux réglages, surtout en solitaire.

En mer formée, le bateau se comportait bien, grâce à sa coque en sandwich fibre de verre/mousse polyuréthane, conçue pour résister aux chocs et aux contraintes extrêmes. Cependant, sa lourdeur (35 tonnes) le rendait moins réactif dans les petits temps, où il pouvait paraître paresseux. Les retours d’expérience des skippers, comme Terlain ou Fauconnier, soulignent sa fiabilité structurelle, mais aussi la difficulté de manœuvrer seul un tel géant, surtout lors des empannages ou des prises de ris dans le vent.

Les témoignages des marins ayant navigué sur le Vendredi 13 sont unanimes sur un point : ce bateau était unique en son genre. Jean-Yves Terlain, son premier skipper, a toujours défendu son potentiel, malgré les critiques initiales. Yvon Fauconnier, qui a barré le bateau en charter et en course, a souligné sa stabilité et son confort en croisière, mais aussi les défis logistiques liés à sa taille et à son gréement.

D’autres marins, comme Titouan Lamazou ou Alain Chapoutot, ont gardé un souvenir ému de leurs navigations à bord, notamment lors des croisières vers les Grenadines. Certains ont cependant pointé du doigt les problèmes de structure apparus dans les années 1990, qui ont finalement conduit à son abandon. Aujourd’hui, les passionnés de patrimoine maritime espèrent le voir renaviguer, même si les travaux de restauration sont complexes et coûteux.

Fiche technique Vendredi 13

CatégorieDétails
NomVendredi 13 (renommé Lili-Aggie en 1978)
TypeTrois-mâts, goélette à voile d’étai
ArchitecteDick Carter
Chantier navalTECIMAR (Saint-Nazaire, France)
Année de construction1972
Matériau de la coqueSandwich fibre de verre/mousse polyuréthane
Longueur hors tout39,13 m
Longueur de coque39 m
Largeur (maître-bau)6,70 m (estimé)
Tirant d’eau~3,50 m (variable selon les sources)
Déplacement35 tonnes
LestNon précisé (intégré à la structure)
Hauteur du mât~30 m (estimé)
Surface de voilure3 génois bômés envergués sur 3 mâts (surface totale non précisée)
MoteurMoteur auxiliaire (détails non précisés)
Vitesse maximale~12-14 nœuds (estimé)
AutonomieAdaptée à la transat (réserves d’eau et de carburant pour plusieurs semaines)
Équipage en course1 (conçu pour le solitaire)
Équipage en croisière10-12 personnes (incluant l’équipage professionnel)
Nombre de cabines3-4 (dont une cabine propriétaire)
Nombre de couchages6-8 (selon configuration)
Catégorie de navigationHauturière (conçu pour la transat)
LabellisationBateau d’Intérêt Patrimonial (BIP) depuis 2016
Statut actuelEn restauration (association Rêves de Sens, Bordeaux)

Pour aller plus loin : Le Vendredi 13 reste un symbole de l’audace et de l’innovation dans la course au large. Son histoire, entre course, charter et patrimoine, en fait un bateau à part dans l’univers du nautisme. Sa restauration est suivie avec attention par les passionnés, qui espèrent le voir un jour reprendre la mer.

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