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Yuniboat: Une usine pour redonner vie aux anciens bateaux

Et si innover, c’était être capable de prolonger la durée de vie de nos bateaux? C’est ce que propose Yuniboat en industrialisant le refit de bateaux d’occasion. L’entreprise, située en Loire Atlantique ambitionne de faire de standardiser le reconditionnement de voiliers et bateaux à moteurs.

À retenir

  • Yuniboat lance à Port Lavigne, près de Nantes, la première usine européenne dédiée à l’éco-reconditionnement industriel de bateaux, une alternative à la destruction ou à l’abandon des embarcations.
  • Cette approche industrielle, standardisée et reproductible, vise à traiter un volume élevé de bateaux à un coût maîtrisé, contre les limites du refit artisanal, coûteux et peu scalable.
  • Les voiliers des années 1980 et 1990, nombreux en France (775 000 navires de plaisance immatriculés en 1990), offrent des volumes habitables généreux, des performances éprouvées et des qualités marines exceptionnelles, méritant une seconde vie plutôt qu’une fin de carrière prématurée.
  • Le Royaume-Uni démontre depuis des décennies que la rénovation complète des anciennes gloires de la plaisance est une pratique viable, avec des chantiers navals spécialisés dans la restauration intégrale ( je pense au refit des Contessa et Rustler, par exemple).
  • Reconditionner un bateau réduit significativement son empreinte carbone par rapport à la construction d’un neuf, tout en prolongeant sa durée de vie, pouvant atteindre un nombre d’année très important.

Une réponse industrielle à un enjeu environnemental et économique

La plaisance française compte aujourd’hui près d’un million de navires immatriculés, contre 550 000 au début des années 1980 et 775 000 en 1990, selon les données du GIS Études Touristiques. Parmi cette flottille, une part importante est constituée de voiliers des décennies 1980 jusqu’aux années 2000, conçus à une époque où les architectes navals privilégiaient les qualités marines et la robustesse, en plus du volume habitable. Ces bateaux, souvent construits avec des matériaux composites durables, présentent des qualités marines et des performances toujours appréciées des plaisanciers.

Pourtant, beaucoup de ces embarcations, encore parfaitement navigables, finissent abandonnées ou détruites, faute de solutions de rénovation accessibles. C’est pour répondre à ce gâchis que Yuniboat, start-up ligérienne fondée en 2021, a développé un modèle industriel de reconditionnement. Contrairement aux ateliers artisanaux, qui traitent les bateaux un par un à un coût élevé, Port Lavigne mise sur des processus standardisés, des postes de travail dédiés et une chaîne de reconditionnement optimisée pour absorber des volumes importants.

Chiffre cléValeurSource
Navires de plaisance en France (1990)775 000GIS Études Touristiques
Durée de vie moyenne d’un voilierJusqu’à 40 ansInsee
Part de la production européenne de voiliers (France)34 %Insee
Investissement prévu sur le site de Port Lavigne4,7 M€ sur 5 ansLe Journal des Entreprises
Emplois créés50Le Journal des Entreprises

Pourquoi les voiliers des années 80 et 90 méritent une seconde chance

Les voiliers conçus entre 1980 et 1990 bénéficient de plusieurs atouts majeurs :

  • Des volumes habitables généreux : les architectes de l’époque, comme David Thomas ou Roger MacGregor, ont conçu des bateaux offrant un confort remarquable pour leur taille, avec des aménagements intérieurs spacieux et fonctionnels.
  • Des performances éprouvées : ces voiliers, souvent issus de chantiers navals réputés, ont fait leurs preuves en navigation côtière comme au large, avec des coques et des gréments conçus pour durer.
  • Des qualités marines exceptionnelles : leur construction robuste et leur stabilité en mer en font des bateaux sûrs et agréables à manœuvrer, même dans des conditions difficiles.
  • Un rapport qualité-prix attractif : un bateau reconditionné par Yuniboat coûte entre trois et cinq fois moins cher qu’un modèle neuf équivalent. Par exemple, un bateau reconditionné peut être proposé à 12 000 € contre 35 000 € pour le neuf, ou 28 000 € contre 80 000 € pour des modèles plus grands.

Thierry Boussion, fondateur de Yuniboat, souligne que ces bateaux, une fois reconditionnés, offrent une alternative crédible et responsable à l’achat de neuf, tout en répondant à une demande croissante de la part des plaisanciers pour des embarcations d’occasion garanties et modernisées.

Le modèle britannique du refit complet, une inspiration pour la France

Au Royaume-Uni, le refit complet des bateaux d’occasion est une pratique bien établie, mais effectuée de façon artisanale. Des chantiers navals comme Berthon, Harbour Marine Services, Pendennis ou Fox’s Marina proposent depuis des décennies des services de rénovation intégrale, allant de la restauration de la coque à la modernisation des systèmes de navigation, en passant par la refonte des intérieurs et la conversion des motorisations.

Ces entreprises britanniques, souvent spécialisées dans la restauration de yachts classiques ou de bateaux historiques, démontrent que la rénovation complète est non seulement techniquement réalisable, mais aussi économiquement viable. Leur savoir-faire, transmis de génération en génération, permet de redonner une nouvelle jeunesse à des embarcations parfois centenaires, tout en intégrant les dernières innovations technologiques.

Chantier naval britanniqueSpécialisationServices proposés
BerthonYachts classiques et modernesRénovation complète de la coque, des moteurs, des intérieurs, restauration de bateaux historiques
Harbour Marine ServicesBateaux traditionnels et modernesRénovation complexe, restauration de bateaux historiques (Dunkirk Little Ships)
PendennisSuperyachtsRefit complet, construction sur mesure, restauration de yachts classiques
Fox’s MarinaYachts et bateaux de plaisanceRéparation, refit, restauration, modernisation des systèmes

Cette culture du refit, profondément ancrée dans la tradition maritime britannique, sert aujourd’hui de modèle à Yuniboat, qui souhaite importer cette approche industrielle en France.

Port Lavigne : un site stratégique pour la décarbonation de la plaisance

Le choix de Port Lavigne, au cœur de la métropole nantaise, n’est pas anodin. Ce site de 2,5 hectares, idéalement situé, bénéficie d’un accès multimodal :

  • Par la mer : via la Loire, permettant l’arrivée directe des bateaux depuis l’Atlantique.
  • Par la route : à moins de 10 minutes de l’aéroport et du centre-ville de Nantes.
  • Par le rail : à moins de 10 minutes de la gare, avec une navette mise en place pour traverser la Loire.

Cette localisation centrale permet à Yuniboat de rayonner sur toute la façade atlantique et de traiter des bateaux de toutes tailles, du petit voilier de plaisance au catamaran, en passant par les bateaux professionnels.

Le processus de reconditionnement industrialisé mis en place à Port Lavigne comprend plusieurs étapes clés :

  • Diagnostic standardisé : évaluation complète de l’état du bateau.
  • Démontage et nettoyage : retrait des équipements, meubles et systèmes de navigation, suivi d’un nettoyage professionnel de la coque avec des produits écologiques.
  • Rénovation et modernisation : réparation ou remplacement des systèmes mécaniques (moteurs, transmissions), intégration de technologies modernes (navigation, communication, sécurité), et proposition de motorisations écologiques (électrique, biocarburant).
  • Contrôle qualité : vérification à chaque étape pour garantir la sécurité et la fiabilité du bateau reconditionné.

Stockage et hivernage : prolonger la durée de vie des bateaux

Reconditionner un bateau ne suffit pas si celui-ci se dégrade à nouveau une fois rendu à son propriétaire. C’est pourquoi Yuniboat propose également des espaces de stockage et d’hivernage à Port Lavigne. Le gardiennage à sec permet de limiter l’usure liée à l’eau et de prolonger la durée de vie de la coque, du moteur et des équipements. Cette offre complète s’inscrit dans une démarche globale de préservation des bateaux, en phase avec les enjeux de développement durable.

Un impact environnemental significatif

Le reconditionnement des bateaux permet de réduire considérablement leur empreinte carbone. En effet, la construction d’un bateau neuf, notamment en matériaux composites comme la fibre de verre, génère une empreinte environnementale importante, tant en termes de consommation d’énergie que de production de déchets. Selon une étude publiée dans Scientific Reports, les coques en fibre de verre posent un problème environnemental majeur en fin de vie, en raison de leur difficulté à être recyclées.

En prolongeant la durée de vie des bateaux existants, Yuniboat contribue à :

  • Réduire la production de nouveaux matériaux : chaque bateau reconditionné évite la fabrication d’un bateau neuf.
  • Limiter les déchets : les bateaux abandonnés ou détruits génèrent des tonnes de déchets composites difficiles à traiter.
  • Décarboner la filière nautique : Port Lavigne devient un site pilote pour la transition écologique du secteur, à l’échelle de toute une filière plutôt que d’un simple atelier.

Conclusion

Avec l’ouverture de Port Lavigne, Yuniboat franchit une étape majeure dans la décarbonation de la plaisance. En s’inspirant du modèle britannique du refit complet et en industrialisant le reconditionnement des bateaux, la start-up ligérienne offre une solution concrète pour préserver les voiliers des années 1980 et 1990, des embarcations aux qualités indéniables qui méritent de naviguer encore longtemps. Une initiative qui allie économie circulaire, innovation industrielle et respect de l’environnement.

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