Le Carter 33 est un voilier de croisière sportive dessiné par l’Américain Richard « Dick » Carter. Ce course-croisière fut construit à partir de 1971-1973 par le chantier grec Olympic Yachts, à Lavrio. Issu de la lignée du Carter 30 et dérivé du course-croisière Ydra, il appartient à la première génération des voiliers de série européens en polyester. Environ 200 unités ont été produites, un chiffre plutôt honorable pour l’époque, qui explique aussi sa rareté relative sur le marché français de l’occasion, ou environ 50 unités ont été vendues, uniquement. C’est précisément ce qui fait son intérêt : pour un budget de l’ordre de 10 000 à 20 000 euros, ce voilier, rare, offre aujourd’hui une carène saine, un volume intérieur généreux et un comportement à la mer que nombre de productions modernes de taille équivalente ne peuvent égaler.
À retenir
Le Carter 33 constitue une alternative crédible et sous-cotée aux classiques que sont le Beneteau First 30, le Contessa 32 ou le Wauquiez Centurion 32. Face au Contessa 32, plus fin, plus raide mais nettement plus spartiate, il propose sept couchages et un vrai programme familial. Face au First 30, il affiche une carène plus marine et une aptitude au près nettement supérieure. Face au Centurion, il offre une construction grecque parfois irrégulière, mais un rapport volume/performance plus favorable. Ses deux points de vigilance : la qualité de fabrication variable des premiers exemplaires (contre-plaqué dans le cockpit, osmose possible) et la version à gréement court, sous-toilée dans la brise légère. Un bateau à acheter, expertisé, mais dont le potentiel demeure très intéressant pour ce prix.
Histoire du Carter 33

Le Carter 33 est né au début des années 1970, dans le contexte de l’explosion de la production européenne en polyester. Dick Carter, installé en Europe après ses succès en régate offshore, cherchait un chantier capable d’industrialiser ses plans. C’est Olympic Yachts, en Grèce, qui reprenra la production en série, faisant du Carter 33 l’un des tout premiers voiliers de série construits en Europe à grande échelle. L’histoire de la conception est romanesque : Carter avait fait construire les deux premières unités en Finlande. Mais ces versions qui se révélèrent trop lourdes à la mise à l’eau, la ligne de flottasion passant sous la surface de l’eau ; les moules furent ensuite transférés et le projet finalisé ailleurs, la production en série démarrant en Grèce autour de 1971-1973.
Sur le plan technique, la carène reprend les principes qui ont fait la réputation de Carter : quille étroite et profonde, safran suspendu. Deux gréements étaient proposés : un gréement de course de 50 m², très performant, et un gréement de croisière plus court de 45,5 m², plus simple à manœuvrer mais sous-toilé. Les premiers modèles employaient d’importantes quantités de contre-plaqué dans la zone du cockpit ; les unités ultérieures étaient entièrement en verre.
Le programme d’origine était clairement celui du course-croisière des années IOR. Le Carter 33 fut notamment le voilier de série le mieux classé de sa catégorie lors des Championnats du monde 1976, tout en offrant sept couchages et une vraie habitabilité de croisière. Ses concurrents directs de l’époque étaient le Contessa 32, le Nicholson 32, le Wauquiez Centurion 32, le Beneteau First 30 ou encore le Rival 32, ce dernier étant plus orienté croisière lourde.
Quant à l’architecte, Richard « Dick » Carter, né en 1928 au New Hampshire, est l’une des figures les plus originales de son temps. Autodidacte diplômé d’histoire de l’art à Yale, il s’est imposé en 1965 en remportant le Fastnet Race avec Rabbit, son premier plan personnel, face à 151 concurrents. Il enchaîna les victoires au One Ton Cup (Tina en 1966, Optimist en 1967), gagna à nouveau le Fastnet en 1969 avec Red Rooster et sa quille relevable, puis contribua à l’équipe américaine victorieuse de l’Admiral’s Cup. On lui doit notamment la popularisation de la quille étroites detachées du safran, des surfaces de pont épurées héritées du Bauhaus, et des concepts repris plus tard dans les Southerly à quille relevable. Au sommet de sa carrière, à la fin des années 1970, il quitta presque brutalement le métier pour restaurer un manoir anglais avec son épouse.
Aménagements intérieurs

L’aménagement du Carter 33 est typique des meilleures pratiques des années 1970, avec une exigence de volume remarquable pour un 10 mètres de l’époque. Le plan est classique : la cuisine à babord, la table à cartes à tribord, et la salle d’eau en avant du mât, ce qui est une disposition alors réservée à des unités plus grandes.
Sept couchages sont proposés : une cabine avant avec lit breton, un carré en long avec table centrale et bannette double, une couchette « cercueil » à l’arrière, et une couchette supplémentaire sur la banquette. Le roof, dont les premières unités comportaient de grandes surfaces vitrées, apporte une luminosité correcte pour l’époque. Les matériaux, acajou et contre-plaqué marin peint, vieillissent généralement bien, mais il convient d’inspecter soigneusement les zones humides autour des hublots et du puits de mât.
Le volume de rangement est honnête pour un bateau de cette longueur, et le fond relativement plat de la coque, sans puisard marqué, donne un carré spacieux mais impose une gestion rigoureuse des eaux de bilge.
Qualités marines
Le Carter 33 est reconnu pour ses qualités marines réelles, héritées directes de l’expérience offshore de son architecte. Au près, il remonte bien au vent avec une assiette stable ; la coque « en forme d’œuf » est d’abord un peu tendre, mais se raidit nettement à l’angle de gîte maximal, ce qui lui confère un comportement très rassurant dans le médium et le fort.
Le franc-bord modéré limite la prise au vent, ce qui facilite les manœuvres de port et la navigation au moteur. Les propriétaires le décrivent comme un excellent « 70s offshore racer », maniable à deux, facile à faire évoluer au moteur dans les marinas, et capable d’une navigation au long cours sûre. La version à grand gréement de course est nettement plus vivante ; la version à gréement court, elle, souffre dans les petites brises et peut présenter une légère tendance à la gîte sous le vent, corrigée par un génois bien réglé. En course, le bilan de la série reste honorable pour un bateau de série de cette époque.
Avis des propriétaires
Les retours d’expérience convergent vers une appréciation très positive, avec quelques réserves récurrentes. Sur le forum YBW, un propriétaire décrit le Carter 33 de croisière comme un bateau « qui va très bien », tout en regrettant les premières versions avec cockpit très boisé, corrigées ensuite par une construction tout-polyester. Un autre, qui a navigué de Rhodes jusqu’au Royaume-Uni, le qualifie de « très bon bateau à naviguer, facile à deux, très maniable au moteur dans les marinas, avec une habitabilité correcte pour l’époque ». Un troisième le juge « un peu tendre au début, mais très stable à la gîte maximale, très bon au près, pas excessivement mouillé — un vrai bon racer offshore des années 70 »).
Côté français, sur Hisse et Oh, les échanges de propriétaires confirment l’image d’un voilier de voyage reconnu pour ses qualités marines, avec toutefois une mise en garde sur les moteurs d’origine sous-dimensionnés (10 à 25 chevaux selon les unités, parfois remplacés) et une vigilance indispensable sur les boulons de quille plomb, dont la section peut se réduire avec le temps et dont le remplacement nécessite un savoir-faire spécifique. Un propriétaire témoigne aussi avec humour de la nécessité du seau et de l’éponge sur un bateau à fond plat sans puisard. Les prix constatés sur le marché français oscillent aujourd’hui entre 11 000 et 25 000 euros selon l’état et l’équipement, ce qui en fait l’un des meilleurs rapports qualité-prix du segment.
Fiche technique Carter 33
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Architecte | Richard « Dick » Carter (Carter Offshore) |
| Chantier | Olympic Yachts, Lavrio (Grèce) ; premières unités en Finlande |
| Année de lancement | 1971 (production série 1971-1974 environ) |
| Nombre d’unités produites | Environ 200 |
| Programme | Croiseur-réseleur, course-croisière IOR (Trois-Quarts de tonne) |
| Type de coque | Monocoque polyester, quille pontée, safran surossier |
| Longueur hors-tout | 9,93 m (32 pi 7) |
| Longueur à la flottaison | 7,90 m (25 pi 9) |
| Largeur | 3,35 m (11 pi) |
| Tirant d’eau | 1,67 à 1,70 m |
| Déplacement | Environ 3 400 kg (7 500 lb) |
| Lest | Environ 38 % du déplacement (plomb) |
| Rapport longueur/largeur | 2,98 (coque volumineuse pour la catégorie) |
| Gréement | Sloop en tête, 2 étages de barres de flèche |
| Surface de voilure (course) | 50 m² |
| Surface de voilure (croisière) | 45,5 m² |
| Dimensions de voile (I/J/P/E en pieds) | 39,6 / 12,1 / 34,0 / 9,9 |
| Moteur d’origine | Diesel in-board, 10 à 25 ch selon unité (souvent remplacé) |
| Capacité | 6 à 7 couchages ; 1 cabine avant ; salle d’eau avant le mât |
| Aménagement | Carré central, cuisine à bâbord, table à cartes à tribord, couchette cercueil arrière |
| Réservoirs (typiques) | Environ 80 l d’eau ; réservoir gasoil fixe |
| Prix d’occasion constaté | 11 000 à 25 000 € selon état et année |
| Concurrents de l’époque | Contessa 32, Wauquiez Centurion 32, Nicholson 32, Rival 32, Beneteau First 30 |
Le Carter 33 illustre parfaitement ce que la production européenne de la première génération a produit de meilleur : une carène dessinée par un architecte de grand talent, une habitabilité étonnante pour la longueur, et une aptitude à tenir la mer que les polylines modernes, plus larges et plus plats, ne reproduisent pas. Sa diffusion confidentielle en France est une affaire de réseau de distribution, non de qualité intrinsèque. Pour un plaisancier qui recherche un voilier d’occasion robuste, marin, capable d’emmener une famille en croisiété tout en restant compétitif en régate classique, le Carter 33 mérite une place sur la liste des candidats, aux côtés des Contessa 32 et autres Centurion, et bien souvent à un prix inférieur.
