L’incidence des courants sur la navigation, en bateau

En navigation, au même titre que le vent, les courants ont une incidence sur la navigation d’un bateau. Nous devons les prendre en considération pour préparer notre croisière. Entre vitesses fond et surface ainsi que routes fond et surface, voyons comment calculer sa route au mieux pour arriver à bon port dans les meilleurs délais.

En mer, la ligne droite est rarement la plus courte. Faire une droite sur une carte, prendre son cap et tenir la barre, ce serait trop simple. Le vent et les courants vont être de la partie et avoir une incidence sur notre navigation. Le vent, bien évidemment, va avoir une incidence sur notre route puisqu’il va conditionner notre allure et donc nos différents bords. Pour les bateaux à moteur, c’est plus simple.

Par contre, le courant, lui, va influencer la route des voiliers comme des bateaux à moteurs. Il va avoir une incidence sur la vitesse du bateau ainsi que sur sa route. Il doit donc être anticipé (hé oui, encore une question d’anticipation et de préparation…).

Cas pratique de l’incidence des courants en navigation

Allez, je me lance. Je vais vous raconter une petite anecdote pour comprendre le problème. Je suis persuadé que certains d’entre vous ont déjà connu cette situation. Ne me laissez pas seul. J’avais passé un week-end à Belle Île. Nous devions quitter Le Palais en début de matinée pour rentrer dans le Golfe dans la journée. C’était une de mes premières navigations sans papa et maman. Nous avions passé de bonnes soirées entre amis.

Ne disposant pas de GPS avec cartographie et na sachant clairement pas comment utiliser les coordonnées GPS du MLR de la table à cartes, je sors mes cartes papier. Je prépare donc ma route, au matin, pour prendre le cap du passage de la Teignouse et calcule le temps nécessaire pour y arriver, sachant qu’en l’absence de vent, nous ferions route au moteur. Nous quittons alors le port au petit matin, dans le brouillard, mais avec un passage à La Teignouse pour la renverse et entrer dans la Baie de Quiberon, puis dans le Golfe du Morbihan, avec le courant.

Sûrs de moi, nous naviguons tranquillement en gardant bien le cap. Passé une heure de navigation, voire un peu plus, je distingue devant moi un bateau anglais, qui semble faire une route perpendiculaire. Je me dis que celui-ci fait route vers l’Est en passant au sud des îles de Houat et Hoedic. Arrive un moment, je distingue une autre forme devant moi. Cette forme ressemble plus à une côte. C’est alors que le doute commence à s’emparer de moi. Je me dis pourtant que mon cap est bon, et que dans le pire des cas ce bateau anglais croise tout simplement les plus belles îles de Bretagne sans vouloir s’y arrêter. Il est sans doute un peu à l’ouest, mais c’est un anglais (humour…). Et c’est là que HORREUR !!!! je me dirige droit sur la presqu’île de Quiberon et ses récifs.

En fait, plus que le bateau anglais, c’est bien moi qui était à l’Ouest, au sens propre comme au sens figuré. Si mon cap était bien toujours le même, le courant sortant de la baie m’avait déporté vers l’ouest. J’avançais en crabe à cause de celui-ci. Mais heureusement pour moi, ma vitesse réelle avait été plus faible que ce j’avais calculé, là encore grâce au courant. J’ai donc pu me rendre compte de mon erreur et changer de route pour… suivre le fameux bateau anglais qui, lui, rentrait bien dans la Baie de Quiberon, par le passage de la Teignouse.

CARTE MARINE ET ROUTE lE PALAIS lA tEIGNOUSE

Ce petit moment de solitude résume très bien l’incidence des courants sur la navigation. Et au-delà les risques de transformer une croisière en galère.

L’idée des explications ci-dessous n’est pas de vous faire un cours pratique sur la façon de calculer sa route en prenant en compte les courants sur une carte. Le but de cet article est de vous faire prendre conscience du phénomène, de l’anticiper et de connaître les quelques règles de base. Si ne naviguons pas tous dans des zones ou naviguer avec la marée est notre quotidien, nous avons tous à naviguer avec des courants.

Vitesse fond contre vitesse surface

On connaît la vitesse de nos bateaux grâce au Loch. Ce loch calcule la vitesse du bateau sur l’eau. Il donne la vitesse en nœuds. Un nœud correspond au nombre de milles marins effectués par heure. Sachant que le mille marin correspond à 1,852km, pour les terriens. Cette vitesse donnée par le loch est ce que nous appelons la vitesse surface. C’est-à-dire la vitesse du bateau sur la surface de l’eau.

Certains d’entre vous vont me dire qu’ils n’ont pas de loch, ou qu’il ne fonctionne pas. Vous utilisez sans doute le GPS pour connaître votre vitesse. Or, cette vitesse n’est pas la même que celle donnée si vous aviez un loch.

En effet, comme il existe un vent réel et un vent apparent, votre vitesse surface n’est pas la vitesse de votre bateau réellement. Si vous estimez votre arrivée dans un port en fonction de cette vitesse surface, vous risquez de vous tromper. Si le courant est pour ainsi dire nul, l’incidence sera minime. Cependant, si vous naviguez à 5 nœuds, mais avec un courant contre vous de 2 nœuds, vous n’avancez, réellement qu’à 5-2=3 nœuds. Votre vitesse, sur une carte, ou sur le GPS, ne sera que de 3 nœuds. A l’inverse, si le courant est avec vous, vous allez augmenter votre vitesse réelle, votre vitesse fond. C’est ce qu’on appelle la vitesse Fond, en fonction du fond de l’océan, donc la carte.

Retenons que :

Vitesse Fond = Vitesse Surface – Courant

Bon, je sais qu’en parlant de vitesse réelle pour parler de vitesse fond, les mangeurs d’écoutes et passionnés de navigation entre 3 bouées vont me crier dessus. Pour eux, la vitesse réelle est sans doute la vitesse pure du bateau. C’est cela ?

La route fond et la route surface

Nous venons de voir l’incidence des courants sur la vitesse réelle du bateau. C’est sans doute ce qui a sauvé mon bateau lors de ma navigation réussie avec mes amis. A 30mn près, sans courant, je talonnais les premiers récifs. Et vous me direz, sans courant, ma route aurait été correcte et je serai arrivé tranquillement dans le fameux passage.

Car, en effet, la deuxième incidence des courants sur la navigation est la route du bateau. Nous avons vu que lorsque le courant arrive face à vous, il va ralentir le bateau, et inversement. Mais quand il arrive de travers ?

Définition d’une route en navigation

Avant de commencer, qu’est ce que la route ?

La route d’un bateau est l’angle entre la direction du nord géographique et la direction suivie par ce même bateau. Cela signifie que deux bateaux qui font le même cap à deux endroits différents feront donc une route plus ou moins parallèle ( à notre échelle, puisque dans les faits ils sont censés se rejoindre au pôle nord).

Donc, si vous prenez un cap, et que vous vous y tenez, si rien ne perturbe votre route, vous devez arriver à bon port. Or, dans la varie vie, le vent et le courant vont venir se mêler à la fête. Mettons de côté le vent pour nous intéresser au courant.

Je reprends à nouveau mon exemple, oui, je sais, j’aime bien me faire mal… J’avais bien pris mon cap pour faire une ligne droite entre la sortie du port du Palais et le passage de la Teignouse. C’était ma route surface.

Cependant, la marée étant descendante, un courant sortant de la baie de Quiberon, et portant vers l’ouest est venu perturber ma route. Je me suis retrouvé plus à l’ouest que prévu. Je n’avais donc pas fait la route que je pensais et ma situation était bien différente sur une carte. Il s’agit de la route fond, la route réelle du bateau.

Imaginez que vous marchez tranquillement et que vous passez sur un tapis roulant. Même si vous marchez tout droit, vous n’arriverez pas au même endroit, nous sommes d’accord ? Et bien c’est la même chose avec le courant. Et bien c’est pour cela que je me suis retrouvé face à La presqu’île de Quiberon.

Comment prendre en compte le courant dans sa navigation ?

Courants Baie de Quiberon

Nous venons de voir l’incidence du courant sur notre vitesse et notre route. Alors comment faire face à cette problématique ?

Allez, soyons francs, aujourd’hui, les lecteurs de cartes GPS et les applications mobiles proposant du routage nous simplifient bien la vie. Nous savons exactement à quel endroit nous sommes à tout moment et certains logiciels vont prendre en compte le courant dans le calcul de la meilleure route. Certaines applications proposent même de simuler les courants d’une zone spécifique en fonction des marées. Cela est d’ailleurs très pratique pour optimiser sa croisière et sa navigation. C’est surtout le cas en Bretagne et en Normandie. Autant éviter de franchir le Raz de Sein ou le Raz Blanchard contre le courant.

Courant subi et courant prévu

Dans les faits, vous entendrez souvent parler de courant subi ou courant prévu. Cela n’a rien à voir avec un courant surprise. Il s’agit de deux initiatives différentes.

Le courant subi : Lorsque vous voulez connaître ou vous arriverez, sur la carte, après avoir subi le courant, on parle de courant subi.

Le courant prévu : On parle de courant prévu lorsque vous anticipez celui-ci pour arriver à un point précis d’une carte. C’est celui que vous allez prendre en considération pour calculer votre route vers un port ou un mouillage.

Vous me direz : A quoi peuvent bien nous servir ces deux concepts ?

Les outils pour connaitre l’incidence des courants sur la navigation

En fait, en l’absence d’outils électroniques ou de GPS, il est possible de prévoir sa route en fonction des courants. Pour cela nous avons deux outils :

  • Les cartes marines
  • L’atlas des courants du Shom ( vous retrouverez plein d’infos sur leur site).

Ces deux outils vont nous donner la force, la vitesse, et la direction du courant pour chaque heure de la marée. Nous n’avons plus qu’à reprendre ces éléments avec notre bon vieux compas de relèvement et notre fameuse règle Cras. On trace notre route théorique puis, en reprenant les éléments du courant, on calcule la route réelle.

Comme je vous le disais, je ne m’étale pas sur ce calcul, il y a déjà plusieurs blogs de professionnels du permis bateau qui en parle mieux que je ne pourrai le faire. Alors pour ceux qui veulent aller plus loin, vous savez quoi faire.

Pour résumer, il est important de prendre le courant en considération dans la préparation de votre navigation, et cela est valable pour toutes les zones, en Atlantique, Manche comme en Méditerranée. Si les traceurs de cartes et logiciels de navigation peuvent nous aider, pensez aussi à vos petites navigations, à la journée. Les courants peuvent avoir un impact sur votre heure de retour en fin de journée.

5 réflexions au sujet de “L’incidence des courants sur la navigation, en bateau”

  1. Bonjour,
    Super l’Article! je précise que naviguer avec ou contre les courants devient tout aussi naturel que de marcher à flan de montagne, quand on à passer de longs moments en mer. Si on ne veux pas se faire secouer à un mouillage ou à l’ancre toutes les nuits, nous ferons la route la plus facile pour rejoindre un port en toute sécurité, (Atlantique, Manche) en Bretagne plus facile à se mettre sous le vent d’un gros caillou.
    Nul n’est prophète dans les courants !

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