Le Dehler 32 est un voilier de course-croisière de 32 pieds construit par le chantier du même nom et dessiné par le cabinet brementois judel/vrolijk & co. Ce voilier, raide, rapide et tolérant est une véritable réussite.
Présenté en 2010, le Dehler 32 est le premier modèle du chantier Dehler après la faillite de l’entreprise familiale fondée par Willi Dehler, et son rachat par le groupe Hanse Yachts en 2009. Dessiné par le cabinet brementois judel/vrolijk & co, également architecte des Hanse, ce 9,80 mètres se positionne comme un croiseur performant d’environ quatre tonnes, certifié CE en catégorie A (hauturière). L’appellation « Dehler 32 » recouvre deux bateaux distincts : le Dehler 32 TOP des années 1990, dérivé de la Duetta 94, et le modèle de 2010 étudié ici.
Histoire du bateau

Le contexte de la naissance de ce modèle est celui d’une renaissance : Dehler, endetté et sans carnets de commandes, dépose le bilan au cœur de la crise de 2008, et le groupe Hanse rachète le chantier au printemps 2009, maintenant quelque temps l’usine historique de Sauerland avant de concentrer la production à Greifswald. Le Dehler 32, présenté en 2010, la Varianta 18 exceptée, est donc le premier né de cette ère Hanse, et marina.ch saluait à l’époque une « belle entrée en matière ».
Le trait est signé judel/vrolijk & co, le bureau allemand fondé par Fietje Judel et Rolf Vrolijk, qui a repris le crayon de van de Stadt chez Dehler au milieu des années 1990 et dessine en parallèle toute la gamme Hanse. Cette double casquette explique la philosophie du bateau : là où d’autres chantiers enflent leurs coques pour offrir du volume, Dehler conserve une carène relativement fine, un rapport longueur/bau de 3,01, en assumant que Hanse comblera les amateurs d’espace, comme l’expliquait Practical Boat Owner.
La construction est du classique de chez Dehler : coque en sandwich avec âme en balsa de bout, stratifiée en tissus unidirectionnels et multidirectionnels avec une résine polyester hydrolysée, liaison coque-pont type « boîte à biscuits » recouverte d’un liston en alliage, contre-moule intérieur complet, et matrice de fond robuste autour de la quille en T en fonte. Le bateau est certifié CE catégorie A complète. Trois quilles en T coulées étaient proposées : standard (1,74 m), petite profondeur (1,43 m) et régate (1,98 m). Le modèle est resté au catalogue de 2010 à 2018, en versions Standard, Competition et Shoal draft.
Le programme visé est clairement celui du propriétaire familial qui croise et fait quelques régates de club. La concurrence de l’époque se trouve dans des chantiers comme Bénéteau, avec sa gamme First ( First 30, les X Yachts et Elan 310.
Aménagements intérieurs

L’intérieur vise la complétude plutôt que le volume : quatre couchages répartis entre une cabine avant en V fermée par une porte, l’absence d’élancement à l’étrave offre un pied de lit correct, quoique marina.ch la juge un peu étroite et une grande couchette double de quart arrière fermée sous le cockpit, spacieuse mais d’accès contorsionné. Des coffres sont suspendus juste à l’arrière de la couchette avant, et la présentation d’époque met en avant des couchettes allongées, des plans de travail agrandis et des placards hauts hérités des grands modèles.
La cuisine est reconnue comme petite, c’est l’un des reproches récurrents des tests, mais fonctionnelle, tandis que la table à cartes est étonnamment généreuse pour un 32 pieds, avec toutefois peu de rangement pour les documents de navigation. De beaux détails de fabrication sont relevés : hiloires sculptées pour le confort de l’assise, plaque de bain auto-mouillante, marches de descente en bois massif, et trois hublots de pont qui apportent une belle lumière dans le salon. L’accès au moteur, un Volvo D1-20 de 21 chevaux sur les unités de l’époque, est jugé bon, avec le ballon d’eau chaude monté au-dessus. Au chapitre des irritants : l’entrée de la salle d’eau devient inutilisable gîtée sur tribord amure, et le hublot principal coulisse librement.
Qualités marines

C’est sous voile que le Dehler 32 justifie sa réputation. Le gréement fractionné 9/10e Seldén emplanté sur la quille, barres de flèche poussantes à 19 degrés, pataras en Dyneema démultiplié 1:32 et foc à 107 % donnent un bateau finement réglable. L’accastillage, essentiellement Harken, comprend six winches de série permettant de ramener toutes les drisses au barreur, et le chariot de bôme en travers du cockpit place la grand-voile sous contrôle direct.
L’épisode le plus révélateur des qualités du bateau est la modification du safran : après les retours insistants du distributeur britannique, la pale fut redessinée avec une corde réduite et une profondeur accrue, transformant une barre jugée trop dure en une barre « légère comme un doigt » qui continue de mordre au près même plat-bord immergé à 40 degrés de gîte.
Grâce à la quille et au grand safran reculé, le bateau tourne très vite sur lui-même. Dans 19 nœuds de vent, il tient un peu plus de 6 nœuds au près serré et vire en un peu plus de 70 degrés ; au travers il atteint 8 nœuds et surfe volontiers sur les petites vagues de quart, avec une très légère barre ardente. David Harding, dans Practical Boat Owner, résumait l’équilibre comme « juste ce qu’il faut » : le bateau porte la plus légère des barres ardentes, ce qui donne du ressenti à travers une liaison précise et sans frottement, et il le décrivait comme « un bateau difficile à déstabiliser », en attendant d’être un bon all-rounder et un performant au vent arrière.
Sur ce type de bateau, la barre franche est plus pertinente que la roue, et ce sur deux plans. D’abord le ressenti : sur un déplacement aussi contenu et un safran aussi équilibré, la barre franche transmet directement, sans renvoi ni démultiplication, les informations de la pale, l’apprêt de gîte, le décrochage débutant, le travail de l’eau, ce qui est précisément ce que l’on cherche sur un croiseur-régatteur.
C’est un constat que les essais et les propriétaires rejoignent : les régatiers et les barreurs venant de petits bateaux préfèrent la version à safran, mieux adaptée à la nature du bateau. Ensuite la place dans le cockpit : le Dehler 32 a un cockpit court, structuré autour du chariot de bôme en travers ; une colonne de roue y consomme l’espace utile, complique l’accès à la grand-voile et aux winches, et place le barreur derrière le chariot, au lieu de le laisser au cœur du dispositif avec tous les cordages à portée de main. La roue, sur ce bateau, relève davantage de l’argument de vente que d’un choix de navigation ; à l’inverse, la version à safran prolonge sans intermédiaire la cohérence du dessin de judel/vrolijk.
Les données de conception confirment cette approche : un déplacement de 4 310 kg pour 1 480 kg de lest (ratio de lest de 34 %), un D/L de 168, un SA/D de 19,47 et un ratio de confort modeste (20,7) qui situe le bateau parmi les croiseurs rapides plutôt que les cubes flotteurs. Les réservoirs, en revanche, sont petits : environ 80 litres de gazole et 100 litres d’eau, un choix cohérent avec un programme de cabotage sportif.
Avis des propriétaires de Dehler 32
Les avis de propriétaires sont rares, vous l’avez vous-même constaté, ce qui s’explique par une production confidentielle et une clientèle nord-européenne discrète, mais ceux que nous avons trouvés convergent.
Sur le forum français Hisse-et-Oh, à l’automne 2010, un futur acquéreur le comparait au Sun Fast 3200 et à l’Elan 310 après visite au salon nautique, jugeant le bateau « pas mal du tout », et faisait état de propriétaires potentiels attirés par son profil course-croisière pour des régates occasionnelles. Le fil révèle aussi une vraie question des acheteurs de l’époque sur la qualité de fabrication après le rachat par Hanse, une interrogation légitime, le chantier venant de changer de mains.
Practical Boat Owner rapporte le retour le plus précieux : celui des premiers propriétaires britanniques, dont les remarques sur la dureté de la barre ont conduit à la modification du safran un cas où l’écoute du chantier a corrigé le principal défaut du bateau. Le magazine note également que la roue, sur ce bateau, impose de se pencher pour attraper la grand-voile et place le barreur isolé à l’arrière, loin des winches et des drisses : un argument supplémentaire en faveur de la barre franche, que le même test jugeait parfaitement adaptée à la nature du bateau.
Enfin, le marché de l’occasion dit quelque chose de la loyauté des propriétaires : une unité de 2012 récemment proposée en Espagne affichait un moteur neuf, des garnissages refaits et une coque « sans osmose », et le modèle jouit d’une solide réputation de tenue de valeur parmi les croiseurs-régatteurs de sa taille. Les irritants remontés se concentrent sur l’accastillage d’origine : foc accrochant le balcon de tête lors des abattées, absence d’antidérapant sur le roof derrière le mât et hublot principal libre.
Fiche technique Dehler 32
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Architecte | judel/vrolijk & co (Allemagne) |
| Chantier | Dehler (production HanseYachts, Greifswald) |
| Année de lancement | 2010 (production jusqu’en 2018) |
| Longueur hors-tout | 9,80 m |
| Longueur à la flottaison | 8,94 m |
| Bau maximum | 3,25 m |
| Tirant d’eau — standard | 1,74 m |
| Tirant d’eau — régate | 1,98 m |
| Tirant d’eau — petite profondeur | 1,43 m |
| Déplacement | 4 310 kg |
| Lest (quille en T, fonte) | 1 480 kg (34 %) |
| Type de quille | Quille en T en fonte, trois versions |
| Barre | franche en série (roue simple en option) |
| Gréement | Sloop fractionné 9/10e, mât Seldén emplanté sur quille |
| Barres de flèche | deux esilles poussantes (19°) |
| Surface de voile (GV + foc) | environ 61 m² |
| Genua | 107 % LP |
| Pataras | Dyneema, démultiplié 1:32 |
| Ratio SA/D | 19,47 |
| Ratio D/L | 168 |
| Certification CE | Catégorie A — hauturière |
| Coque | Sandwich balsa de bout, résine polyester hydrolysée |
| Motorisation | Volvo D1-20, 21 ch (Yanmar 3YM20 selon marché) |
| Carburant | environ 80 L |
| Eau douce | environ 100 L |
| Couchages | 4 à 6 |
| Cabines | 2 (cabine avant en V + couchette de quart arrière fermée) |
| Salle d’eau | 1 |
| Accastillage | Harken, 6 winches de série |
| Concurrents directs (époque) | HR 310, Jeanneau Sun Fast 3200, Elan 310, First 30 |