Le Dehler 37 CWS est un pure course-croisière de onze mètres construit en Allemagne par le chantier Dehler, entre 1990 et 1996, sur des plans du cabinet néerlandais Van de Stadt. ce monocoque en polyester, sloop fractionné à quille fixe et safran suspendu, appartient à la génération dite « CWS », pour Central Winch System. Ce système permet de bénéficier d’une solution permettant à l’ensemble des drisses, bordures et prises de ris de passer sous le pont vers un pod de winch central, installé au pied de la barre à roue. Cette architecture, véritable manifeste du chantier au début des années 1990, permettait à un équipage réduit, voire à un skipper seul, d’exploiter sans effort une voilure de soixante-deux mètres carrés au près.
Le 37 CWS demeure aujourd’hui un occasion recherché sur le marché de la croisière sportive, apprécié pour la qualité de sa construction allemande et la finesse de ses lignes.
Histoire du Dehler 37 CWS
Le Dehler 37 CWS s’inscrit dans l’histoire du chantier Dehler fondé en 1963 à Freienohl, en Westphalie, par Willi Dehler, ingénieur naval passionné de voile, qui avait lancé dès 1965 la Varianta, son premier quillard destiné aux eaux intérieures. À l’aube des années 1990, la marque, devenue l’une des références allemandes du course-croisière, entreprend de renouveler sa gamme autour d’une idée alors inédite en série : soulager physiquement l’équipage en ramenant toutes les manœuvres au poste de barre. Le 37 CWS, présenté en 1990, est l’une des déclinaisons les plus abouties de ce concept, aux côtés des 35, 36, 39 et 41 CWS dessinés dans la même période.
La coque est l’oeuvre du bureau néerlandais Van de Stadt, dont les plans référencés 422.41 et 422.42 encadrent les deux versions de quille. Le 37 CWS se place dans la lignée des croiseurs-régatistes modérés : déplacement de l’ordre de 5 300 à 5 800 kilogrammes selon les sources et les versions, lest représentant environ quarante pour cent du poids, et surtout un rapport voilure sur déplacement de 20,8 qui le situe clairement dans le registre sportif. Le programme visé est double : croisière côtière et hauturière légère en famille, et régate en club, l’architecture à haubans fractionnés se prêtant aux deux exercices.
La production s’étend de 1990 à 1996 ; les estimations d’unités varient sensiblement selon les sources, d’une centaine d’exemplaires pour certaines bases de données à près de trois cents en intégrant l’ensemble des versions et millésimes du 37, ce qui traduit le caractère semi-artisanal de la production de Dehler à cette époque. Le chantier proposait par ailleurs une déclinaison à faible tirant d’eau, désignée « PTE », avec une quille d’environ 1,50 m destinée aux eaux de la mer Baltique et des mers du Nord.
Sur le marché du début des années 1990, le 37 CWS affrontait des concurrents directs tels que le Beneteau First 38s5, le Jeanneau Selection 37, le Feeling 1040, le Feeling 1090 ou encore l’Etap 37s, ainsi que le Grand Soleil 37 pour la clientèle orientée régate. Face à cette production française et italienne plus industrialisée, Dehler jouait la carte de la construction quasi sur mesure, d’un accastillage soigné et du système CWS, que la concurrence ne proposait pas. Cette période faste du chantier familial prendra fin quelques années plus tard : après le décès de Willi Dehler en 1999 et plusieurs changements de propriétaires, la marque sera reprise par HanseYachts en 2009, la production étant ensuite transférée à Greifswald.
Aménagements intérieurs

Le Dehler 37 CWS existe en deux aménagements distincts, bien documentés dans la presse d’essai de l’époque. La version standard offre trois cabines, une à l’avant et deux à l’arrière, pour un total de huit couchages, configuration étonnamment généreuse pour un 37 pieds. La version « owner » sacrifie une des cabines arrière au profit d’une vaste cabine avant dotée d’une salle d’eau privative avec douche, et offre six couchages. Dans les deux cas, le plan comprend un second cabinet de toilette à bâbord, à proximité de la descente.
Le carré, baigné de lumière par les grandes ouvertures du roof et par les hublots, contraste avec les intérieurs sombres de beaucoup de concurrents de la période. La table en U accueille six convives et se transforme en couchage double. La cuisine, installée à bâbord en bordure de descente, est équipée d’un réchaud à deux feux au gaz avec four et gril, d’un évier double, d’un réfrigérateur et de nombreux rangements ; les essais de l’époque soulignaient la qualité du travail du bois et la disposition délibérément tournée vers le convoyage en équipage réduit. La table à cartes, située à tribord face à la cuisine, reçoit un tableau électrique complet et un siège rabattable. La hauteur sous barrots atteint 1,80 m dans le carré, valeur correcte pour la catégorie. L’eau chaude et froide sous pression, ainsi qu’un chauffage d’ambiance en option, complètent un ensemble que la documentation de l’époque comparait volontiers, non sans un certain marketing, à l’habitacle d’un jet privé. Les propriétaires actuels sont plus mesurés : ils louent la fonctionnalité et la finition, tout en jugeant l’esthétique sobre, voire sans grande recherche de beauté, avec des boiseries claires faciles à entretenir.
Qualités marines
Sur l’eau, le Dehler 37 CWS confirme les promesses de son maître-bau. Le rapport surface de voilure sur déplacement de 20,8 le classe parmi les bateaux les plus toilés de sa génération : dans des mains compétentes, il laisse derrière lui la plupart des bateaux de longueur de flottaison comparable, notamment dans le petit temps grâce au foc autovireur des versions croisière et au matériel léger, tel le gennaker d’environ 70 m² ou le spi de 81 m².
Le rapport lest sur déplacement de 39,6 impose toutefois de prendre un ou deux ris tôt, la raideur à la toile n’étant pas celle d’un quillard à bulbe moderne. Le rapport déplacement sur longueur d’environ 203 le range dans les déplacements modérés : il supporte la charge de croisière sans dégradation excessive de ses performances.
La coque à quille fixe et safran suspendu, conjuguée à un maître-bau de 3,50 m, procure une remontée au vent agile et une barre communicative, que les essais et les propriétaires s’accordent à décrire comme un vrai plaisir de barre. La vitesse de coque théorique est de 7,3 noeuds. L’indice de confort de Ted Brewer, aux environs de 22, situe son comportement dans la mer proche de celui d’un croiseur côtier à stabilité modérée : le bateau est vif, davantage taillé pour la vitesse que pour le farniente, et le facteur de screening au chavirement d’environ 2,0 le place à la limite du critère admis pour la course au large, ce qui le destine surtout à la croisière côtière et aux traversées courtes plutôt qu’au grand large en solitaire. Le vrai sujet de singularité reste le CWS : d’un côté, une manoeuvre d’une simplicité redoutable en équipage réduit, la drisse de grand-voile et les ris passant au winch électrique central en quelques secondes ; de l’autre, des pertes par friction dans les nombreux renvois sous le pont, qui imposent un graissage rigoureux des réas et une attention particulière à l’usure des drisses, points régulièrement soulevés par les utilisateurs sur les forums anglo-saxons.
Avis des propriétaires
Les retours de propriétaires, recueillis pour l’essentiel sur les forums Hisse et Oh et Yachting World forums, dessinent un portrait cohérent et globalement élogieux, assorti de points de vigilance précis.
Sur la construction, les témoignages sont unanimes et sans équivalent dans la catégorie. Un propriétaire ayant possédé quatorze bateaux écrit à propos des Dehler de ces années-là : « c‘est de loin le mieux construit que j’ai eu », citant la structure reliant le haubannage à la quille, la résine isophtalique employée pour toute la stratification et l’absence quasi systématique d’osmose sur la marque. Un autre, intervenant sur un fil consacré aux 36 et 37 CWS, confirme une liaison coque-pont boulonnée avec des omégas et stratifiée, une structure renforcée par un châssis galvanisé et des varangues très bien dimensionnées. Le chantier faisait d’ailleurs réaliser des crash-tests de ses coques, argument régulièrement avancé par les amateurs de la marque. Un propriétaire ayant navigué dix-sept ans sur un Dehler 37 de 1997, architecture voisine du CWS, confirme la solidité d’ensemble et la longévité du bateau.
Côté navigation, les avis convergent : « un bon bateau, rapide, sûr, facile, qui peut pratiquer aussi bien la régate que la croisière » résume un propriétaire de 36 CWS, dont les qualités se retrouvent sur le 37. Sur le CWS lui-même, un utilisateur du forum Yachting World témoigne : « j’ai un 36 CWS et le système est très bon ; retourner sur un bateau à winchs manuels est un choc ; le principal défaut est la friction dans les blocs, qu’il faut garder lubrifiés ; je ne peux vraiment pas imaginer revenir en arrière ». D’autres notent que la ferme de bloqueurs concentrée devant la barre demande un certain apprentissage, et que les 37 CR de la génération suivante, avec leurs deux winchs électriques, offraient un accès encore plus aisé.
Les points de vigilance sont connus et documentés. Le principal concerne le gouvernail : la mèche de safran en aluminium, montée dans un manchon inox au passage du palier, est sujette à corrosion électrolytique, ce qui durcit progressivement la barre ; plusieurs propriétaires de la série 36, 37 et 39 CWS ont rapporté et traité ce problème, qui se corrige par le remplacement du manchon ou l’installation d’une mèche en inox. Les acquéreurs potentiels interrogeant les forums citent également l’étanchéité de la liaison coque-pont, à contrôler avec le temps sur des unités de plus de trente ans, et la fixation de quille, même si aucun défaut structurel systémique n’est établi pour le modèle. Enfin, certains acheteurs français préfèrent les versions ultérieures non CWS, jugeant l’accastillage de manœuvre plus classique plus simple à entretenir : un débat de préférence d’usage plus qu’un défaut de conception.
Fiche technique Dehler 37 CWS
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Chantier | Dehler Yachtbau, Allemagne |
| Architecte | E. G. Van de Stadt (plans n° 422.41 et 422.42) |
| Années de production | 1990 à 1996 |
| Type | Monocoque de croisière sportive, quillard |
| Coque | Polyester stratifié (GRP), résine isophtalique |
| Longueur hors-tout | 11,00 m (11,20 m selon la documentation courante) |
| Longueur à la flottaison | 9,00 m |
| Largeur | 3,50 m |
| Tirant d’eau | 1,80 m (version PTE à quille réduite : environ 1,50 m) |
| Déplacement | 5 300 kg (5 800 à 6 000 kg selon versions et sources) |
| Lest | 2 100 kg en fonte, environ 40 % du déplacement |
| Appendices | Quille fixe, safran suspendu |
| Gréement | Sloop fractionné, mât posé sur le pont, barres de flèche reculées |
| Voilure au près | 62 m² |
| Grand-voile | 40 m² |
| Foc / génaker | 22 m² / environ 70 m² |
| Spinnaker | 81 m² (114 m² en spi léger) |
| Dimensions du gréement | Î : 42,65 pi ; J : 12,80 pi ; P : 44,30 pi ; E : 16,40 pi |
| Moteur | Yanmar 3GM diesel de 27 ch (Volvo Penta de 18 à 29 ch selon unités) |
| Carburant | 98 L |
| Eau douce | 201 L |
| Hauteur sous barrots | 1,80 m |
| Cabines / couchages | 2 ou 3 cabines ; 6 à 8 couchages |
| Cabinet de toilette | 2 (dont une privative dans la cabine avant en version owner) |
| Rapport voilure / déplacement | 20,8 |
| Rapport lest / déplacement | 39,6 % |
| Rapport déplacement / longueur | 203 (déplacement modéré) |
| Indice de confort (Brewer) | 22,2 |
| Facteur de screening au chavirement | 2,0 |
| Vitesse de coque théorique | 7,3 noeuds |
| Taux d’immersion | 211 kg par centimètre |
| Système de manoeuvre | Central Winch System : winch central électrique, bloqueurs groupés, foc autovireur en version croisière |
| Catégorie de conception | 1 (navigation en haute mer) |
| Prix d’occasion indicatif | 60 000 à 75 000 euros selon l’équipement et l’état |