L’automne arrivant, la période d’hivernage du bateau approcha à grands pas. Arrive alors le choix entre l’hivernage de votre voilier, ou bateau à moteur, au sec, sur le terre-plein d’un chantier, ou à flot. L’hivernage à flot a le grand avantage de coûter beaucoup moins cher. Mais cette période d’inactivité du bateau, sur son mouillage ou au ponton se prépare, afin de retrouver un bateau paré à naviguer à la fin de l’hivers.
Hiverner à flot pour faire des économies
Hiverner à flot à plusieurs avantages. Tout d’abord il permet de faire tourner le moteur, même en hivers, n’empêche pas de venir travailler sur le bateau et, surtout, permet de faire des économies. L’hivernage à terre a un coût que l’on oublie souvent jusqu’à réception de la facture. Il faut compter la manutention, grue ou travel lift à l’aller comme au retour, soit plusieurs centaines d’euros selon la taille du bateau, auxquels s’ajoutent le calage, les béquilles et le stockage à terre pendant six mois. Pour un voilier habitable de dix mètres, l’addition atteint facilement plus de mille Euros. À flot, ces frais disparaissent : la place annuelle, déjà réglée, ne coûte pas un euro de plus.
Autre avantage, moins immédiatement chiffrable mais très réel : le bateau reste utilisable. Une fenêtre météo clémente en février, un soleil d’hiver sur un plan d’eau calme, et rien n’empêche d’aller faire un tour. Les circuits qui tournent régulièrement grippent moins, les équipements qui dorment se dégradent. Enfin, le printemps est plus simple : pas de file d’attente à la grue, pas de remise à l’eau à organiser, on s’affaire à bord quand les autres attendent encore leur créneau de mise à l’eau. Il ne reste plus qu’à prendre un rendez-vous pour la sortie carénage, pour deux ou trois jours. Mais là, de nombreux ports proposent des forfaits à 2 ou 300€.
Il faut toutefois rester honnête : l’hivernage à flot a ses propres dépenses. Une bâche ou une tente d’hivernage correcte, un déshumidificateur, quelques absorbeurs d’humidité, des pare-battage supplémentaires, si vous êtes sur ponton, et du temps de visites régulières. Un investissement modeste et largement absorbé par les économies réalisées.
Mais choisissez un abri, pas une exposition
Le prérequis essentiel, et je pèse mes mots si vous naviguez sur la côte atlantique : il faut un endroit réellement abrité. Les tempêtes hivernales de l’Atlantique ne pardonnent pas un poste exposé. Les coups d’ouest à 90 nœuds ne sont pas rares entre novembre et mars, et dans les avant-ports ouverts, la houle longue vient battre les pontons, arracher les aussières et transformer les déplacements du bateau en martèlements destructeurs.
Privilégiez donc un bassin fermé, une marina protégée par des digues efficaces, un coin de port à l’abri des vents dominants. Observez le poste par coup de vent avant de vous y installer : y a-t-il du clapot, du courant, des rebonds de houle sur un ouvrage voisin ? Vérifiez aussi les conditions administratives : certains ports imposent une présence à bord, des amarrages renforcés ou n’autorisent l’hivernage à flot que sous conditions. Et bannissez, bien évidemment ( je le précise au cas ou…) le mouillage forain en hiver : c’est le meilleur moyen de ne pas retrouver votre bateau au printemps.
Préparer le moteur : le cœur thermique au repos
Le moteur inutilisé pendant des mois souffre d’un ennemi silencieux : l’huile usée. Chargée d’acides et de résidus de combustion, elle attaque les paliers et les surfaces internes pendant l’immobilité. Une vidange faite avant l’hiver, avec un filtre neuf et une huile fraîche, protège le moteur bien mieux qu’une vidange faite au printemps. Alors hivernez votre moteur avant l’hivers. Et profitez d’être à flot pour faire tourner le moteur régulièrement. C’est le meilleur moyen d’en prendre soin.
- Vidanger l’huile moteur et remplacer le filtre avant les premiers froids.
- Contrôler le liquide de refroidissement et sa protection antigel.
- Rincer le circuit d’eau de mer pour éliminer le sel, et vérifier l’anode.
- Remplir complètement le réservoir de carburant pour limiter la condensation, ajouter un additif anti-contamination (le gazole stocké développe algues et bactéries) et nettoyer les filtres.
Les circuits d’eau : le gel, l’ennemi des tuyaux
L’eau qui gèle augmente de volume d’environ 9 % : c’est ainsi que les chauffe-eaux se fendent, les pompes se brisent et les raccords lâchent. Tout ce qui contient de l’eau douce doit être soit vidé, soit protégé.
- Vidanger le réservoir d’eau douce et le chauffe-eau (pensez aussi à sa résistance si vous voulez qu’elle survive).
- Faire circuler un antigel non toxique, à base de propylène glycol, dans les circuits, les siphons et les pompes.
- Vidanger ou traiter les WC marins et leur circuit d’eau de mer.
- Vider le réfrigérateur et tout appareil contenant un volume d’eau non vidangeable.
L’électricité et les batteries : la décharge profonde, tueur silencieux
Le printemps est jalonné de batteries mortes, presque toutes mortes de la même façon : la décharge profonde au fil des semaines d’hiver. Une batterie laissée à se vider se sulfâte, parfois irrémédiablement.
- Charger pleinement les batteries avant de les laisser, puis les maintenir en charge d’entretien : chargeur d’appoint ou, mieux, panneau solaire avec régulateur.
- Couper tous les consommateurs inutiles, placer le coupe-batterie sur arrêt, débrancher les appareils sensibles.
- Débrancher le parc de servitude si la consommation résiduelle ne peut être annulée.
- Protéger cosses et bornes contre l’oxydation avec un peu de graisse.
L’amarrage : le point critique de l’hivernage à flot
C’est ici que tout se joue. À terre, un bateau sur ses béquilles ne bouge pas ; à flot, il passe l’hiver à danser sur chaque risée et chaque tempête. L’amarrage doit être pensé pour résister au pire coup de vent de la saison, pas au temps moyen.
- Doubler les aussières, en bon état, et prévoir des longueurs suffisantes pour les marées de vives-eaux, généreuses sur l’Atlantique.
- Ajouter des pare-battage en nombre, avec pantalons et protections anti-frottement : c’est l’usure du frottement qui use un cordage, pas sa rupture brutale.
- Contrôler taquets, chaumards et organes d’amarrage côté bateau, mais aussi anneaux, chaînes et filières côté quai.
Le gréement et les voiles : le repos au sec
Le soleil d’hiver, quoique discret, fait des ravages sur le tissu des voiles restées en place : les UV passent même à travers les nuages, et le battement répété d’une voile mal affalée la fatigue inutilement. Bien protéger ses voiles est donc important
- Déposer les voiles et les stocker au sec, à l’abri ; c’est aussi l’occasion de faire établir un devis de révision par un voilier.
- Vérifier le gréement dormant, les émerillons, les manilles et les drisses.
- Sur un dérouleur d’étai, retirer le génois ou le recouvrir d’une protection anti-UV correcte.
La coque et le pont : une immersion qui dure
Un bateau qui passe l’hiver à flot reste immergé six mois de plus : l’antifouling travaille, les salissures s’accumulent et les organes immergés vieillissent. Ce n’est pas un problème en soi, à condition d’entretenir ce qui doit l’être.
- Nettoyer coque et pont avant l’hiver ; un carénage léger par un plongeur en fin de saison évite de partir sur une carène encroûtée.
- Graisser les passe-coque et manœuvrer les vannes pour éviter qu’elles ne se grippent.
- Laisser les lavaux ouverts et vérifier que leurs grilles ne se bouchent pas de feuilles mortes.
L’intérieur : gagner la guerre contre l’humidité
Sur un bateau hiverné à flot, l’ennemi intérieur n’est pas le froid mais la condensation. Un bateau bâché sans ventilation devient une étuve où moisissures et corrosion prospèrent. La règle d’or : laisser l’air circuler pour éviter l’humidité.
- Installer une bâche ou une tente d’hivernage, toujours ventilée.
- Placer un déshumidificateur ou des absorbeurs d’humidité, avec un thermomètre-hygromètre pour suivre la situation.
- Relever les coussins sur chant, ouvrir placards et coffres pour que l’air y circule.
- Retirer les denrées périssables et tout produit sensible au gel (boissons, aérosols, produits ménagers).
La sécurité et les démarches : ne pas laisser le hasard décider
Il reste les précautions qui ne coûtent rien mais font la différence entre une mauvaise surprise et une catastrophe.
- Contrôler la pompe de cale automatique et son alarme, et s’assurer qu’elle restera alimentée : c’est elle qui évacue une voie d’eau avant que personne ne s’en aperçoive.
- Fermer la vanne de gaz et retirer la bouteille du bateau.
- Vérifier les garanties de son contrat d’assurance : certaines clauses couvrent l’hivernage à flot, d’autres l’excluent ou exigent des amarrages renforcés en zone exposée.
- Prévenir le capitaine du port, lui laisser ses coordonnées et un jeu de clés.
La routine hivernale : le bateau se surveille, pas seulement à son retour
Enfin, l’atout décisif de l’hivernage à flot : la proximité. Le bateau reste à portée de visite, et c’est justement ce qu’il faut en faire. Une tempête peut dessaisir un pare-battage, une bâche peut se déchirer, un cordage se relâcher : dix minutes de contrôle après chaque coup de vent suffisent à éviter le pire.
Planifiez une visite après chaque dégradation météo, évacuez la neige ou les poches d’eau de la bâche, rechargez les batteries et lancez le moteur toutes les quatre à six semaines. Tenez un petit carnet de bord de ces visites : au printemps, vous saurez exactement ce qui a été fait et ce qui reste à surveiller.
En résumé
L’hivernage à flot est une option sérieuse, économique et même agréable, à trois conditions : un poste réellement abrité, une préparation méthodique de l’automne et une surveillance régulière tout au long de la saison. Avec ces trois piliers, votre bateau traversera l’hiver sans encombre, et dès les premiers beaux jours, pendant que les pontons de mise à l’eau afficheront complet, vous serez déjà à l’eau.