Les voileux sont des marins d’eau douce

On considère souvent les voileux comme des marins chevronnés, maitrisant les éléments et leur bateau. Cette image serait elle galvaudée ?

Les plaisanciers à la voile, contrairement aux propriétaires de bateaux à moteur,  ont une image de vrais marins, de passionnés de la haute mer. Ces derniers sont souvent vus comme des techniciens maitrisant leur voilier, des météorologues sachant anticiper les vents et l’état de la mer. Il est vrai que le monde de la voile se mélange difficilement avec le monde du bateau à moteur, des hors bord notamment. Mais qu’en est-il réellement ? Les voileux ne seraient-ils pas des marins d’eau douce en fait?

La voile, l’art de devenir Marin

La voile représente environ 1/3 de la flotte de bateau, en France. Ce loisir reste encore confidentiel, comparé à certains pays comme la Nouvelle Zélande ou les pays d’Europe du Nord. L’histoire de la plaisance est née dans les années 60, avec de nombreux chantiers français. Des aventuriers comme Bernard Moitessier et de skippers comme Eric Tabarly ont donné leurs lettres de noblesse à ce loisir, devenu un sport. La voile est devenue un monde d’aventure, un apprentissage de la vie.

Certains plaisanciers sont devenus des marins. Certains d’entre eux, passionnés, ont plus de miles à leurs actifs que certains pécheurs côtiers. Vous croisez régulièrement, sur les pontons, des plaisanciers qui vont naviguer dans le Golfe de Gascogne, pêcher le thon entre copains, au départ de Douarnenez. D’autres sortent, par tous les temps, pour régater entre 3 bouées, courir sur des courses semi-hauturière, se préparer pour le large, comme la Transquadra. Ces plaisanciers acquièrent un véritable savoir faire, deviennent des experts dans leur domaine. Nombre d’entre eux côtoient des professionnels de la course au large, le temps d’une rencontre, d’une régate ou d’un verre au bar du port.

Des discours souvent flatteurs

Au-delà de ces passionnés d’aventure, considérant sans doute leur vie professionnelle comme un moyen nécessaire pour assouvir leur passion de la mer et des bateaux, la grande majorité des plaisanciers navigue peu. La plus grande partie des propriétaires de bateaux naviguent quelques semaines par an, voire quelques jours. Ces derniers ont, de plus, bien souvent le même plan d’eau comme terrain de jeux, pendant de nombreuses années.

Ces voileux n’ont, de connaissances, que un ou deux stages, étant jeunes, puis leur propre expérience. Quand on se balade sur les forums ou les réseaux sociaux, on croise de nombreux « experts », de nombreux « sachant » qui ne maitrisent, dans les faits, que ce qu’ils ont appris dans des livres. Je ne parle même pas de votre interlocuteur qui édite un blog, avec tant de prétention et de narcissisme, sur sa passion avec sa petite expérience de « plaisancier du dimanche ». Ce type de plaisanciers navigue sans doute moins que de nombreux Polonais, sur leurs lacs, que de Savoyards sur le lac Léman ou le lac d’Annecy. Qui sont alors les marins d’eau douce ?

Mais l’aventure est ou ?

La question qui reste alors est l’intérêt d’être ou ne pas être un marin d’eau douce. Et si, en fait, on s’en fichait ?

Pour certains plaisanciers, naviguant en petit voilier, l’aventure, et le bonheur, est tout simplement, à quelques miles de leur port d’attache, à quelques kilomètres de leur garage. Leur voilier leur permet de découvrir nos côtes au plus près, de visiter chaque crique, chaque baie, des côtes françaises. Non, ils ne navigueront pas à l’autre bout du monde, non ils ne sortiront pas si le vent se lève de trop. Mais ils auront découvert bien plus que nombre de plaisanciers faisant un aller-retour vers le corse tous les ans.

Un équipier de régate, ayant pour seule expérience d’embarquer tous les week-ends d’hiver, à La trinité Sur Mer, sur le bateau d’un propriétaire parisien, sera sans doute plus expérimenté qu’un propriétaire de bateau de 12 mètres sortant une semaine en mai et une autre en été. L’aventure est là ou nous le décidons.

Etre plaisancier, ce n’est pas être un expert, ce n’est pas tout connaître de l’entretien de son bateau, ni même tout maitriser, c’est se faire plaisir, modestement.

Alors, marin d’eaux douces?

Etre plaisancier, c’est être ouvert, rencontrer des gens de tous horizons, de situations sociales différentes. Sur un bateau, ou un ponton, il n’y a plus ni cadre, ni ouvrier ni paysan. Toutes les cartes sont rabattues. Nous protons tous notre polo délavé, notre pantalon rouge breton Armor Lux pour les plus ancien ou le bermuda Aigle pour les plus jeunes.

Etre plaisancier, c’est aimer la mer, en tant que nature. C’est aimer sa faune, sa flore. C’est aimer ne rien maitriser, être dépendant d’elle.

Si vous êtes tout cela, c’est largement suffisant. Je ne sais pas si êtes un marin d’eau douce, mais vous êtes un plaisancier passionné. Alors restons tous modestes mais partagez, échangez, vous apporterez beaucoup aux autres.

Nul besoin de décrocher la lune, il suffit de savoir qu’elle est là.

4 réflexions au sujet de “Les voileux sont des marins d’eau douce”

  1. “Sur un bateau, ou un ponton, il n’y a plus ni cadre, ni ouvrier ni paysan. Toutes les cartes sont rabattues. Nous protons tous notre polo délavé, notre pantalon rouge breton Armor Lux pour les plus ancien ou le bermuda Aigle pour les plus jeunes.”
    La parfaite tenue du yachman! Snobisme assuré et assumé souvent.
    Des fringues de luxe réservées à ceux qui peuvent mettre 300 à 600€ pour l’uniforme.
    La majorité des petits plaisanciers, essorés par leur place de port, les coûts exorbitant des manutentions, des prix prohibitif du moindre matériel, surtout s’il est obligatoire, ne se sape pas en pingouin de ponton, en Baulois. Il n’en a ni l’envie, ni les moyens.
    D’eau douce ou non le plaisancier propriétaire moyen est presque toujours compétent , sérieux et serviable.

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  2. J’aime bien l’humour et la dérision, j’aime bien cette analyse et cette vision de l’aventure…
    Mais cette façon de toujours vouloir diviser la plaisance (et les plaisanciers) en voileux (les bons, les gentils, les vrais marins) et moteurs (les mauvais, les méchants, pouahhhhh les sales pollueurs, les inconscients, les marins d’opérette, etc) m’agace profondément.
    La secte des voileux a toujours raison. D’ailleurs, c’est bien connu, les accidents et les interventions de la SNSM sont toujours de la responsabilité des bateaux à moteur…
    Pierre (qui navigue 4 mois par an en mers Adriatique, Ionienne, Egée (et Atlantique le reste du temps) sur Jaba V, bateau à moteur in board diesel -l’horreur!- de 7 mètres).

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