Dans une époque où les catamarans dominent le marché de la croisière hauturière et où les coureurs au large s’élancent sur des unités ultra-modernes ou des anciennes gloires de 10 mètres comme celles de la Golden Globe Race, une question persiste : existe-t-il vraiment un bateau idéal pour un tour du monde ?
La réponse, aussi décevante soit-elle pour les puristes, est non. Le bateau parfait n’existe pas. En revanche, il existe le bateau adapté à votre équipage, à votre programme et à votre philosophie de la navigation.
Entre les monocoques robustes, prônés pour leur tenue de mer et leur capacité à affronter les pires conditions et les allures de près, et les catamarans, plébiscités pour leur stabilité, leur espace et leur confort au mouillage, le débat est bien réel. Pourtant, comme le soulignent les retours d’expérience des tourdemondistes, le choix dépend avant tout de l’usage que vous comptez en faire.
Les critères clés pour un bateau de grande croisière
Avant de se lancer dans le choix d’un modèle, et puisque le voilier idéal n’existe pas, nous devons comprendre les caractéristiques indépassables d’un voilier conçu pour la navigation hauturière et la longue croisière.
1. La taille : un compromis entre maniabilité et confort
- Entre 35 et 50 pieds (10,5 à 15 mètres) : c’est la fourchette la plus répandue pour les voiliers hauturiers. Un bateau trop petit manquera de stabilité et de confort sur la durée, tandis qu’un modèle trop grand deviendra difficile à manœuvrer, surtout en équipage réduit.
- Pour une transatlantique ou un tour du monde en couple : un 9 à 12 mètres est souvent considéré comme l’idéal, offrant un bon équilibre entre sécurité, espace de vie, facilité de manœuvre et coût de l’équipement et de l’entretien.
2. La coque et la structure : robustesse avant tout
- Monocoque :
- Avantages : Meilleure tenue à la mer dans les gros temps, capacité à encaisser les vagues, sentiment de sécurité accru.
- Inconvénients : Moins d’espace habitable, gîte importante, moins stable au mouillage.
- Matériaux : Le polyester reste le plus répandu, mais l’aluminium est plébiscité pour les programmes les plus exigeants (hautes latitudes, zones polaires) en raison de sa résistance et de sa légèreté.
- Catamaran :
- Avantages : Stabilité exceptionnelle (peu ou pas de gîte), espace intérieur généreux, vitesse au portant, confort au mouillage.
- Inconvénients : Moins performant face au vent, nécessite une vigilance accrue en cas de grains (risque de chavirage si mal manœuvré), coût d’achat et d’entretien plus élevé.
- À noter : Les catamarans de moins de 10 mètres n’offrent pas forcément plus de volume qu’un monocoque équivalent. Au-delà de 14-15 mètres, les manœuvres deviennent plus complexes (winchs électriques, déplacements sur le pont).
3. Le gréement et les voiles : simplicité et fiabilité
- Gréement en tête (ketch ou goélette) : Idéal pour les longues croisières, car il permet de répartir la voilure et de réduire les efforts sur le mât principal.
- Voiles adaptées :
- Grand-voile à cornes ou à wishbone : Facile à réduire, même par gros temps.
- Génois et tourmentin : Indispensables pour les conditions difficiles.
- Pilote automatique robuste : Un must pour les traversées en solitaire ou à deux.
4. L’autonomie et le confort à bord
- Eau et carburant : Prévoir des réserves suffisantes (minimum 200 litres d’eau et 100 litres de gasoil pour une transatlantique).
- Énergie :
- Panneaux solaires (indispensables sous les tropiques).
- Éolienne ou hydrogénérateur pour les longs séjours en autonomie.
- Dessalinisateur : Un équipement quasi obligatoire pour les tours du monde.
- Aménagements intérieurs :
- Cabines séparées pour l’intimité (surtout en famille ou avec équipage).
- Cuisine fonctionnelle (avec four et réfrigérateur 12V/220V).
- Ventilation et isolation : Crucial pour les navigations sous les tropiques.
5. La sécurité : non-négociable
- Équipements obligatoires :
- Radeau de survie (avec container hydrostatique).
- Balise de détresse (EPIRB) et AIS.
- Harnais et lignes de vie pour les déplacements sur le pont.
- Trappe étanche et cloisons étanches (surtout pour les monocoques).
- Stabilité et comportement en mer :
- Quille longue ou dérive intégrale : Meilleure tenue de cap et sécurité en cas de talonnage.
- Tirant d’eau modéré (entre 1,5 et 2,5 mètres) pour accéder aux atolls et mouillages peu profonds, surtout en Polynésie.
Vous recherchez un bateau?
Le bateau idéal selon votre programme

Maintenant que les critères généraux sont posés, voici le profil type de bateau adapté à chaque grand projet de navigation, en tenant compte des spécificités géographiques et climatiques. A chaque fois, nous présenterons des monocoques et des catamarans, puisque ce choix dépend de vous, et non du programme.
🌍 1. Une transatlantique (ex. : Europe → Caraïbes)
Objectif : Traversée de 2 500 à 3 000 milles en 3 à 4 semaines, avec des conditions météo variées (alizés, grains, mer formée).
Profil du bateau idéal
- Type : Monocoque de 9 à 12 mètres (ex. : Jeanneau Sun Odyssey 410, Dufour 412, Beneteau Oceanis 46.1).
- Pourquoi ?
- Maniabilité : Facile à barrer en équipage réduit.
- Robustesse : Coque et gréement conçus pour affronter les vagues de l’Atlantique.
- Autonomie : Réserves d’eau et de carburant suffisantes pour 20-30 jours.
- Budget : Coût d’achat et d’entretien raisonnable par rapport à un catamaran.
- Alternative : Catamaran de 10 à 12 mètres (ex. : Lagoon 40, Outremer 45) pour ceux qui privilégient le confort et la stabilité, surtout si l’équipage est peu expérimenté.
Points clés à vérifier
- Pilote automatique fiable (ex. : Raymarine, B&G).
- Voiles adaptées aux alizés (génois léger, grand-voile à ris).
- Système de réduction de voilure rapide (enrouleur de génois, lazy bag).
🏝️ 2. Un tour de Méditerranée
Objectif : Navigation côtière et semi-hauturière, avec des escales fréquentes (marinas, criques, îles).
Profil du bateau idéal
- Type : Monocoque de 8 à 11 mètres (ex. : Dufour 350, Hanse 388, Allures 45).
- Pourquoi ?
- Tirant d’eau modéré (1,5 à 2 mètres) pour accéder aux petits ports et criques.
- Maniabilité : Facile à manœuvrer dans les zones étroites (ex. : canaux de Corse, îles grecques).
- Confort : Aménagements intérieurs adaptés aux séjours prolongés à bord (cuisine, douche, cabines).
- Alternative : Catamaran de 10 à 12 mètres (ex. : Nautitech 40, Bali 4.1) pour ceux qui veulent plus d’espace et de stabilité, surtout en famille.
Points clés à vérifier
- Chauffage (pour les nuits froides en hiver).
- Voiles de tout petit temps (tourmentin, trinquette) pour les coups de vent méditerranéens.
- Moteur puissant (pour les manœuvres en marina et contre les courants).
❄️ 3. Un tour d’Europe du Nord (Scandinavie, Baltique, mer du Nord)
Objectif : Navigation dans des eaux froides et parfois agitées, avec des marées importantes et des courants forts.
Profil du bateau idéal
- Type : Monocoque en aluminium ou polyester renforcé, de 10 à 14 mètres (ex. : Hallberg-Rassy 44, Ovni 395, Garcia Exploration 45).
- Pourquoi ?
- Robustesse : Coque conçue pour résister aux chocs avec les glaces (en hiver) et aux vagues courtes de la mer du Nord.
- Autonomie énergétique : Panneaux solaires + éolienne (peu de soleil en hiver).
- Chauffage central : Indispensable pour les nuits froides (même en été).
- Tirant d’eau variable (dérive relevable) pour naviguer dans les fjords et canaux.
- Alternative : Catamaran en aluminium (ex. : Outremer 45, Excess 14) pour ceux qui veulent plus de stabilité, mais avec une vigilance accrue sur la gestion des voiles par gros temps.