Un nouveau record est tombé, sur le Trophée Jules. Thomas Coville et l’équipage de Sodebo ont fait le tour du monde en 40 jours, 10 heures et 45 minutes et 50 secondes. Ils battent le record de Francis Joyen, sur le trimaran Idec Sport, de 12h. Un très exploit pour le skipper de Locmariaquer, voisin de Francis Joyon, habitant la même commune.
Après neuf ans d’attente et treize tentatives infructueuses, l’équipage de Sodebo Ultim 3 a enfin inscrit son nom dans l’histoire du Trophée Jules Verne. En bouclant leur tour du monde en 40 jours, 10 heures, 45 minutes et 50 secondes, Thomas Coville et ses six coéquipiers ont battu de plus de 12 heures le précédent record détenu par Francis Joyon et IDEC Sport depuis 2017. Une performance d’autant plus remarquable qu’elle a été réalisée dans des conditions météo bien moins favorables que celles de leurs prédécesseurs, et à bord du premier trimaran volant à réussir un tel exploit sans escale. Retour sur une aventure humaine et technologique hors norme.
À retenir
- Nouveau record : 40 jours, 10 heures, 45 minutes et 50 secondes (contre 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes en 2017).
- Équipage : Thomas Coville, Benjamin Schwartz, Frédéric Denis, Pierre Leboucher, Léonard Legrand, Guillaume Pirouelle, Nicolas Troussel.
- Bateau : Sodebo Ultim 3, trimaran de 32 mètres équipé de foils, mis à l’eau en 2019 et optimisé pour le vol permanent.
- Parcours : 40 000 km, sans escale ni assistance, en laissant à bâbord les caps de Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn.
- Conditions : Météo difficile (tempête Ingrid en finale, icebergs, empannages multiples), avarie d’amure à l’arrivée.
- Valeurs : Cohésion, audace, solidarité, fidélité — des principes chers à Sodebo, partenaire historique de la course au large depuis 1998.
Une quête de longue haleine

L’histoire d’une persévérance
Depuis 2020, Thomas Coville et son équipe ont tenté à quatre reprises de s’emparer du Trophée Jules Verne. Après deux abandons en 2024 (l’un à l’équateur, l’autre dans l’océan Indien), la cohésion du groupe n’a jamais faibli. « À bord, il y a une confiance mutuelle entre nous. Le courage des uns entraîne celui des autres », résume Coville. Tous les marins de l’aventure 2024 ont souhaité repartir en 2025, preuve d’une détermination intacte et d’une histoire commune à terminer ensemble.
Retour sur le parcours
Un départ audacieux
Partis le 15 décembre 2025 après seulement trois jours de stand-by, les « Sodeboys » ont immédiatement marqué les esprits en battant le record du tronçon Ouessant-Equateur en 4 jours, 4 heures, 2 minutes et 25 secondes — soit 15 heures de mieux que le précédent temps de référence. Une entrée en matière tonitruante, mais qui ne devait rien au hasard : l’équipe technique et les routeurs avaient repéré une fenêtre météo idéale, malgré son caractère incertain.
Des conditions météo hostiles
Contrairement à IDEC Sport en 2017, qui avait bénéficié d’un enchaînement météo exceptionnel, Sodebo Ultim 3 a dû composer avec des aléas constants :
- Océan Indien : Plus de vingt empannages, contre aucun pour Joyon.
- Atlantique Sud : Contournement complexe de l’anticyclone de Sainte-Hélène, présence d’icebergs.
- Finale sous tension : La tempête Ingrid, avec des rafales à 50 nœuds et des creux de 10 mètres, a mis à rude épreuve le bateau et l’équipage dans le golfe de Gascogne.
Une gestion de crise exemplaire
L’avarie d’amure de J0 au retour, la fatigue du bateau après plus de 30 jours en mer, et la menace permanente de casse n’ont pas entamé la concentration des marins. « On savait que la casse pouvait survenir à tout moment, mais on a tenu bon jusqu’au bout », confie Pierre Leboucher.
Le bateau : une machine de guerre innovante

Sodebo Ultim 3 : fiche technique
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Longueur | 32 mètres |
| Largeur | 23 mètres |
| Foils | Appendices hydrodynamiques ajustables (4 m, réglables en hauteur/angle) |
| Vitesse max | 48,9 nœuds (pointe enregistrée) |
| Distance en 24h | 889,9 milles (37,1 nœuds de moyenne) |
| Innovations | Plateforme optimisée pour le vol permanent, sécurité renforcée |
| Équipe technique | Design Team Sodebo, VPLP, Banuls Design |
Sodebo Ultim 3 est le fruit de 110 000 heures de travail et d’une évolution constante depuis 2019. « Ce bateau n’a rien à voir avec celui de 2019 », souligne Coville, insistant sur sa fiabilité et sa capacité à encaisser les conditions extrêmes.
Les temps forts du tour du monde

Records intermédiaires
- Ouessant-Equateur : 4j 4h 2min 25s (record absolu)
- Ouessant-Cap de Bonne-Espérance : 10j 23h 56min (nouveau temps de référence)
- Cap Horn : Passage de jour, dans des conditions musclées, un moment « magique » pour Nicolas Troussel.
L’arrivée triomphale
Le 25 janvier 2026, à 07h45’55’’, Sodebo Ultim 3 franchit la ligne d’arrivée au large d’Ouessant, sous les acclamations de centaines de spectateurs massés à Brest. « On a enfin pu lâcher prise, profiter de l’instant et réaliser l’ampleur de notre exploit », raconte Frédéric Denis.
Sodebo : quand la voile incarne les valeurs de l’entreprise
Un engagement historique
Depuis 1998, Sodebo soutient la course au large, y voyant un miroir de ses propres valeurs : audace, solidarité, fidélité, recherche d’innovation. « Ce projet, c’est le projet d’une vie. Le voir aboutir avec des personnes d’univers différents, unies par la même détermination, c’est fantastique », déclare Thomas Coville. Pour Patricia Brochard, co-présidente de Sodebo, cette victoire illustre « ce qui est important au quotidien dans notre entreprise : faire grandir les femmes et les hommes ensemble ».
Une stratégie de communication gagnante
Le sponsoring voile a permis à Sodebo de développer sa notoriété, de créer du lien avec le grand public et de mettre en avant ses produits. L’entreprise, dirigée par les trois filles de ses fondateurs, renforce encore son engagement en 2026 avec un second bateau (Ocean Fifty) et une présence accrue sur les circuits Ultim et Ocean Fifty.
En chiffres
Comparatif Trophée Jules Verne 2017 vs 2025
| Critère | IDEC Sport (2017) | Sodebo Ultim 3 (2025) |
|---|---|---|
| Temps total | 40j 23h 30min 30s | 40j 10h 45min 50s |
| Avance à l’équateur | 5j 18h 59min | 4j 4h 2min 25s |
| Nombre d’empannages (Indien) | 0 | Plus de 20 |
| Vitesse moyenne | 26,85 nœuds | 29,17 nœuds |
| Conditions météo | Très favorables | Difficiles |
Conclusion : une victoire qui dépasse le sport
Au-delà du record, c’est une aventure humaine et collective qui restera dans les mémoires. « On vit ça très rarement dans une vie », confie Coville. Pour Sodebo, ce succès est aussi une preuve que l’audace, la persévérance et l’innovation paient — sur l’eau comme en entreprise.
Et demain ? L’équipage et le bateau ne comptent pas s’arrêter là : après une saison 2025 déjà chargée, de nouveaux défis attendent Sodebo Ultim 3. Une chose est sûre : ce Trophée Jules Verne 2025 restera comme l’un des plus beaux exemples de ce que peut accomplir un collectif uni par la même passion.