Imaginez un instant : des pontons déserts, des marinas fantômes, des places de port disponibles à l’infini… et plus personne pour en profiter. La plaisance en France est à un tournant. Alors que les listes d’attente pour une place de port ont longtemps été le symbole d’un secteur en pleine santé, une réalité bien différente se dessine. Les anciens plaisanciers raccrochent leurs voiles, les jeunes générations ne prennent pas la relève, et les ports commencent à se vider. Et si, demain, le problème n’était plus de trouver une place… mais de les remplir ?
À retenir
✅ Les listes d’attente pourraient disparaître : Avec le départ des plaisanciers seniors et le manque d’engouement des jeunes, l’offre dépassera bientôt la demande.
✅ Des ports vides, une réalité déjà visible : Certaines marinas voient déjà leurs taux d’occupation chuter.
✅ La location ne sauvera pas tout : Si les bateaux de location occupent des places dans les zones touristiques, les ports moins attractifs risquent de se transformer en déserts de béton.
✅ Un loisir de luxe ? : Sans renouvellement, la plaisance pourrait devenir l’apanage d’une élite, avec des voiliers toujours plus grands… et des ports toujours plus vides.
✅ L’urgence écologique : Que faire des infrastructures inutilisées ? Et demain, que deviendront les bateaux abandonnés, ces futures épaves qui menacent nos côtes ?
La fin des listes d’attente : un rêve qui pourrait virer au cauchemar
Pendant des décennies, obtenir une place de port en France relevait du parcours du combattant. Entre les listes d’attente interminables et les tarifs en hausse, les plaisanciers râlaient… mais au moins, ça bougeait. Sauf que voilà : les choses changent. Les baby-boomers, ces passionnés qui ont fait vivre les ports depuis les années 1980, commencent à rendre leur licence. Et derrière eux ? Peu de monde.
Les jeunes générations, moins attirées par l’investissement lourd d’un bateau et plus sensibles aux enjeux écologiques, se tournent vers d’autres loisirs. Résultat ? D’ici 5 à 10 ans, l’offre de places de port pourrait largement dépasser la demande.
À Brest, Saint-Malo ou même en Méditerranée, certains gestionnaires de marinas commencent déjà à s’inquiéter. « On a des places qui restent vides plusieurs mois, alors qu’avant, on refusait du monde », confie un responsable de port breton sous couvert d’anonymat. La pénurie de places, c’est peut-être déjà du passé.
La location à la rescousse ? Pas partout…
Certains y voient une solution : les bateaux de location. Avec l’essor des plateformes comme Click&Boat ou Globesailor, les marinas touristiques (Côte d’Azur, Antilles, Croatie) continuent d’afficher complet. « Les loueurs occupent les places, et ça dynamise l’économie locale », explique un professionnel du secteur.
Mais attention à l’effet miroir. Dans les ports moins attractifs – ceux éloignés des spots de croisière ou mal desservis – la location ne suffira pas. « Qui va louer un voilier à Loctudy, en hiver ? », lance un plaisancier normand. Sans propriétaires, ces ports risquent de se transformer en parkings à l’abandon.
Des ports vides : et après ?

La question se pose, crue et urgente : que faire de ces pontons déserts, de ces marinas sous-exploitées, de ces infrastructures coûteuses qui risquent de devenir des fardeaux ? Faut-il les laisser à l’abandon, les reconvertir, ou carrément les effacer de la carte ? Voici les pistes les plus audacieuses – et les plus discutées – pour éviter que nos ports ne deviennent des fantômes de béton.
1. Retour aux bouées : et si on faisait marche arrière ?
Avant les années 1980, la plupart des plaisanciers mouillaient… en pleine eau, sur des bouées. Pas de pontons, pas de marinas surdimensionnées, juste des bateaux amarrés simplement, au gré du vent et des courants. Et si on revenait à cette époque ?
Cela permettrait de réduire les coûts pharaoniques d’entretien des pontons et des digues et d’ajuster le nombre de bouées selon la demande, sans infrastructure lourde. mais à l’inverse, l’accès aux bateaux ne sera pas si simple.
2. Faire revivre les ports… avec la pêche (et le cabotage !)
Et si, au lieu de pleurer la disparition des plaisanciers, on redonnait leur place aux pêcheurs et aux marins professionnels ?
Verdict : Une piste solide, mais qui demande une reconversion profonde des infrastructures. Et attention à ne pas chasser les derniers plaisanciers…
3. Démolir certains ports : le tabou à briser
Oui, vous avez bien lu. Certains ports, créés dans les années 1980 sous l’effet de la fièvre nautique, n’avaient aucune raison d’exister avant. Ni tradition maritime, ni activité économique locale, ni même un cadre naturel adapté. On en connait tous.
4. Parier sur un retour de la plaisance… populaire et accessible
Et si, au lieu de baisser les bras, on se battait pour que la voile redevienne un loisir pour tous ? Voici comment :
Verdict : La solution la plus ambitieuse… et la plus nécessaire. Mais elle demande un effort collectif : clubs, fédérations, collectivités et plaisanciers doivent tous s’y mettre.
La plaisance, un loisir de riche ?
Autre conséquence de ce déclin : la plaisance pourrait devenir un loisir élitiste. Sans renouvellement, seuls les propriétaires de gros voiliers (ou de superyachts) continueront à naviguer. « Les petits bateaux disparaissent, et avec eux, l’esprit convivial des ports », déplore un vieux loup de mer.
Exemple frappant : À Monaco ou Saint-Tropez, les places pour les voiliers de moins de 10 mètres se font rares… parce qu’on leur préfère les méga-yachts, bien plus rentables. Demain, sera-t-il encore possible de faire de la voile avec un budget raisonnable ?
L’urgence écologique : le vrai défi de demain
Au-delà de l’aspect économique, il y a l’urgence environnementale. Que faire des bateaux abandonnés ? En 2023, plus de 6 000 épaves étaient encore recensées dans les ports français, selon l’OFB (Office Français de la Biodiversité). Sans propriétaire pour les entretenir, ces coques deviennent des bombes écologiques à retardement.
Et les ports eux-mêmes ? Ces infrastructures en béton, conçues pour accueillir des milliers de bateaux, ont un impact non négligeable sur les écosystèmes côtiers. « Un port vide, c’est un gaspillage de ressources et une menace pour la biodiversité », alerte un biologiste marin.
Et maintenant, on fait quoi ?
Face à ce constat, plusieurs voix s’élèvent pour repenser le modèle :
- Séduire les jeunes : Via des formules de location plus accessibles, des stages de découverte, ou même… des jeux vidéo de navigation (oui, ça existe !).
- Simplifier l’accès : Moins de paperasse, des tarifs dégressifs pour les nouveaux venus, des aides à l’achat de bateaux d’occasion.
- Innover : Pourquoi ne pas imaginer des ports modulaires, qui s’adaptent à la demande ? Ou des espaces partagés entre plaisanciers et autres activités nautiques (kayak, paddle, etc.) ?
Une chose est sûre : si on ne fait rien, la plaisance française pourrait bien devenir un musée à ciel ouvert.
Alors, on laisse faire ? On attend que les ports se transforment en friches industrielles, ou on invente ensemble la plaisance de demain ? Le choix est entre nos mains… avant que ce ne soit trop tard.
Et vous, que feriez-vous pour sauver les ports français ? 🚤💡 Partagez vos idées en commentaires !
voilà ce que nous proposons pour redynamiser la plaisance
https://share.google/MViD9dqEqkG9Gg8EC
Dossier très complet. Merci pour ce travail
Jouer avec un bateau ne coûte pas cher mais extrêmement cher avec toujours plus de contraintes, de menaces chaque année sûr la reconduction de la place en augmentant les tarifs. Les assurances bien onéreuses, la quasi impossibilité de trouver des personnes assurant l’entretien à des prix normaux
C’est un peu désolant et déprimant ce que je viens de lire , j’ai été dans ma vie propriétaire de deux bateaux du constructeur belge ETAP .
Un ETAP 22 en 1979 pour m’initier et un magnifique ETAP 30 EN 1990 a barre a roue pour naviguer régulièrement de la baie de seine en bretagne du nord en passant par les iles Anglos normandes » que des bons souvenirs ;
la passion m’est venue a la suite du livre « la longue route de Bernard MOITESSIER » j’ai navigué une trentaine d’années ( sur mer puis sur rivières et canaux .)
Bonjour
je suis un peu étonné de ce qui est écrit dans cet article.
Je recherche désespérement un port à l’année en méditerranée. Pas moyen d’en trouver un sans liste d’attente à 5 ans ou plus.
Si quelqu’un connaît en France (voire en Italie) un port avec des places libres, je serais bien content d’en prendre connaissance.
Bonne journée et bon vent