Le safran, cette pièce maîtresse du gouvernail, permet de diriger un bateau en déviant le flux d’eau sous la coque. Depuis des siècles, son évolution a accompagné celle des navires, passant des gouvernails latéraux des jonques chinoises au safran central des voiliers classiques. Aujourd’hui, le double safran s’impose comme une solution technique de plus en plus répandue, notamment sur les voiliers de croisière et de course. Pourquoi un tel engouement ? Quels sont ses avantages et ses inconvénients ? Quels modèles l’adoptent ? Voici ce qu’il faut savoir pour naviguer en toute connaissance de cause.
Evolution des safrans
L’histoire du safran est aussi ancienne que celle de la navigation. Dès l’Antiquité, les Chinois et les Phéniciens utilisaient des gouvernails latéraux ou axiaux pour diriger leurs embarcations. Au Moyen Âge, le gouvernail d’étambot, fixé à l’arrière du navire, s’impose en Europe, permettant une meilleure manœuvrabilité. Au 20ème siècle, avec l’avènement des voiliers modernes, différents types de safrans voient le jour, en plusieurs décennies, mais le safran central devient la norme, avant que les architectes navals ne se tournent vers des solutions plus performantes pour les coques larges et les allures inclinées.
Les premiers voiliers à double safran apparaissent sur les catamarans, où chaque coque est équipée de son propre safran ( bon, d’accord, celle là est facile…). Puis, dans les années 1990-2000, les monocoques de course (notamment les IMOCA et les Open 60) adoptent cette configuration pour optimiser la stabilité de route et la performance à la gîte. Aujourd’hui, on trouve des doubles safrans sur des voiliers de série, de la croisière au racing, en passant par les day-boats et les voiliers de voyage.
À retenir : le double safran en bref
- Principe : Deux safrans, généralement placés de part et d’autre de l’axe du bateau, à l’arrière.
- Avantages :
- Meilleure efficacité à la gîte.
- Meilleure stabilité de route, surtout par gros temps ou vent arrière.
- Gain de place à l’arrière (garage pour annexe, cockpit plus spacieux).
- Réduction de la traînée hydrodynamique sur certains modèles.
- Inconvénients :
- Complexité mécanique accrue (synchronisation des safrans, entretien).
- Vulnérabilité aux chocs (objets flottants, animaux marins).
- Moins efficace à basse vitesse au moteur, surtout en marche arrière.
Les avantages du double safran

Efficacité à la gîte
Lorsque le voilier s’incline, un safran central devient moins efficace avec la gite, réduisant son efficacité. En effet, la partie immergée est moins importante, la tension plus importante et le bateau peut déraper. Avec un double safran, l’un des deux reste toujours immergé, mais surtout mieux positionné, assurant un contrôle optimal du cap, même par forte gîte. C’est un atout majeur pour les voiliers larges et les allures portantes.
Stabilité de route
Les doubles safrans améliorent la stabilité directionnelle, surtout aux allures débridées (vent arrière, grand largue). Le bateau dérape moins, le pilote automatique travaille moins, et le confort de navigation s’en trouve accru.
Gain d’espace
Les doubles safrans permettent de libérer de l’espace à l’arrière, souvent utilisé pour un garage à annexe ou un cockpit plus convivial. De plus, leur positionnement optimise la répartition des efforts sur la coque.
Adaptation aux coques modernes
Les voiliers actuels, plus larges et aux formes plus plates à l’arrière, tirent pleinement parti des doubles safrans. Ceux-ci sont souvent inclinés pour rester verticaux à l’angle de gîte optimal, améliorant encore leur rendement.
Les inconvénients à connaître
Complexité et entretien
Un système à double safran nécessite une synchronisation parfaite des deux pales, ce qui complexifie la transmission et l’entretien. Les câbles, rotules et barres de liaison doivent être régulièrement vérifiés.
Sensibilité aux chocs
Les safrans, placés en porte-à-faux, sont plus exposés aux chocs avec des objets flottants ou la faune marine. Une collision peut endommager un safran, voire les deux, et compromettre la manœuvrabilité.
Comportement au moteur
En marche arrière, les doubles safrans sont moins efficaces qu’un safran central, surtout dans les espaces confinés (marinas, ports). Il faut souvent compenser par une bonne maîtrise de l’hélice et de la vitesse.
Quels modèles adoptent le double safran ?

De nombreux chantiers intègrent désormais le double safran sur leurs modèles, aussi bien en croisière qu’en régate. En voici quelques exemples marquants :
- les voiliers du chantier Marée Haute, comme les Djangos
- les voiliers du chantier IDB marine, les Mojitos
- Certains First du chantier Bénéteau
- La gamme de dériveurs en aluminium, Allures Yachting
- et encire bien d’autres
Ces modèles illustrent la diversité des applications, du bateau familial au voilier de compétition.
Conclusion : le double safran, pour qui ?
Le double safran est une solution technique adaptée aux voiliers modernes, larges et performants. Il séduit les plaisanciers en quête de stabilité, de performance et d’espace, mais demande un entretien rigoureux et une adaptation de la manière de barrer, surtout au moteur. Pour les navigateurs occasionnels ou les amateurs de marinas étroites, un safran central peut rester plus simple et plus rassurant.
Le double safran, indispensable pour les arrières très larges, nuit aux manœuvres moteur : pour une bonne efficacité le safran doit être juste derrière l’arbre d’hélice ce qui n’est plus le cas avec des doubles safran. Les catamarans ne sont pas concernés puisqu’ils ont deux moteurs, ils peuvent virer quasiment sur place en inversant les sens de propulsion et les safrans deviennent très secondaires. Un seul safran sur un mono verrait son efficacité diminuer d’environ un tiers voire plus, il faudrait donc faire un safran plus profond ce qui multiplierait les efforts de torsion sur la mèche, rendrait très physique une barre franche et fatiguerait le pilote . Un voilier passant plus de temps sous voiles qu’au moteur, les architectes préfèrent l’inconvénient d’une hélice moins performante. Par ailleurs le double safran facilite l’échouage. La liaison par câbles est à proscrire au profit de barres rigides avec rotules, le changement en est simplifié outre le fait que les barres donnent une sensation plus directe à la barre franche ou à roue; il suffit d’avoir une rotule de rechange dans sa caisse à outils.