Au cœur de Brest, sur le quai Commandant-Malbert, le Chantier du Guip incarne depuis près de 50 ans l’alliance parfaite entre tradition, savoir-faire artisanal et innovation. Spécialisé dans la construction, la restauration et la réparation de bateaux en bois, ce chantier naval est devenu une référence européenne pour les voiliers traditionnels, les vieux gréements et les yachts classiques. Son histoire, son engagement pour la préservation du patrimoine maritime et ses réalisations exceptionnelles en font un lieu incontournable pour les passionnés de la mer.
Une histoire née au bord du Golfe du Morbihan
Tout commence en 1976, sur les rives de l’anse du Guip, sur l’île aux Moines, dans le Golfe du Morbihan. Francis Duwez pose les premiers bordés du chantier, marquant le début d’une aventure humaine et technique hors du commun. En 1981, Yann Mauffret, Alex Abarrategui et Paul Bonnel reprennent le flambeau. Leur première grande réalisation ? La reconstruction du Nicolas Benoît, un sinagot (bateau traditionnel du Golfe du Morbihan), qui marque l’entrée du chantier dans l’univers de la restauration du patrimoine maritime.
En 1991, le Chantier du Guip s’installe à Brest, sur le port de commerce, pour répondre à des projets toujours plus ambitieux. L’année suivante, en 1992, il remporte le Trophée du Bois « Charpente marine » et le premier prix du concours « Bateaux des Côtes de France », confirmant son expertise et son engagement pour l’excellence.
À retenir : Le Chantier du Guip en chiffres et en faits marquants
Chantier du Guip – Chiffres clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1976 | Fondation du chantier à l’anse du Guip (île aux Moines) par Francis Duwez. |
| 1981 | Reprise par Yann Mauffret, Alex Abarrategui et Paul Bonnel. Reconstruction du Nicolas Benoît. |
| 1991 | Installation à Brest, sur le quai Malbert. |
| 1992 | Construction de la Recouvrance, goélette de 41 m, pour les Fêtes Maritimes de Brest. |
| 1992 | Obtention du Trophée du Bois et du 1er prix « Bateaux des Côtes de France ». |
| 2008 | Labellisation Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV). |
| 2018-2019 | Restauration du Pen Duick, premier voilier d’Éric Tabarly. |
| Aujourd’hui | 3 sites (Brest, Lorient, île aux Moines) et une équipe de 16 artisans à Brest. |
Un savoir-faire unique : L’art de redonner vie au bois
Le Chantier du Guip, c’est avant tout une équipe de 16 artisans passionnés : charpentiers de marine, ébénistes, spécialistes de la technique embarquée. Leur mission ? Préserver l’âme des bateaux tout en intégrant les exigences modernes de sécurité et de performance. Leur credo : « Il faut naviguer afin de pouvoir construire des bateaux capables de prendre la mer », comme le souligne Yann Mauffret, gérant du chantier.
Le chantier se distingue par sa polyvalence :
- Charpente navale classique (coques, membrures, quilles).
- Ébénisterie de pont et agencement intérieur (cabines, meubles sur mesure).
- Réalisation de mâts et espars en bois.
- Intégration harmonieuse des techniques embarquées (électricité, plomberie, motorisation).
Une spécificité brestoise : les artisans travaillent… en charentaises ! Une tradition pour protéger les ponts des bateaux et préserver chaque détail du patrimoine.
Les réalisations emblématiques : Des voiliers de légende

Le Chantier du Guip a marqué l’histoire maritime française par des projets d’envergure, alliant fidélité historique et maîtrise technique.
1. Les voiliers de tradition et vieux gréements
- La Recouvrance (1992) : Goélette de 41 mètres, réplique d’un aviso du début du XIXᵉ siècle, construite pour les Fêtes Maritimes de Brest. Symbole de la ville, elle accueille aujourd’hui des centaines de passagers pour des croisières sur la rade de Brest et la Mer d’Iroise.
- Notre-Dame de Rumengol : Gabare classée Monument Historique, restaurée en 1996 et lancée lors des Fêtes Maritimes de Brest.
- La Belle Angèle : Bateau traditionnel construit avec le concours du magazine Le Chasse-Marée.
- Le Corbeau des Mers : Langoustier classé Monument Historique, restauré par les équipes du Guip.
- Seagull : Cotre écossais de 9 mètres, sur lequel Yann Mauffret navigue régulièrement entre l’Écosse, la Galice et les Açores.
2. Les yachts classiques : L’élégance intemporelle

Le chantier a également restauré ou construit des yachts mythiques, souvent liés à l’histoire de la voile, et dont certains courent lors du rassemblement de yachts classiques à Brest :
- Pen Duick (2018-2019) : Premier voilier d’Éric Tabarly, restauré après 13 000 heures de travail.
- Hispania IV : 8 m J.I. ayant appartenu au roi d’Espagne Alphonse XIII.
- Pen Coat : Bateau norvégien construit chez Fife en 1905.
- Vanity V : 12 m J.I. Fife (1936).
- Wings : 12 m J.I. Camper et Nicholson (1937).
3. Les Guépards du Golfe du Morbihan : Une série mythique

Incontournable dans le paysage maritime breton, le Guépard est un dériveur houari imaginé dans les années 1960 par Étienne Riguidel. Le Chantier du Guip a relancé sa production en 1995 et en a construit plus de 50 unités à ce jour. Ces bateaux, rapides et polyvalents, sont devenus un symbole du Golfe du Morbihan et de la voile traditionnelle.
Un engagement pour le patrimoine et l’avenir

Le Chantier du Guip ne se contente pas de restaurer ou de construire : il transmet un savoir-faire unique. Labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) depuis 2008, il est reconnu pour son rôle dans la préservation du patrimoine maritime breton et français.
Aujourd’hui, le chantier travaille sur trois sites :
- Brest (quai Malbert) : Atelier principal, ouvert au public, où sont restaurés les plus grands voiliers.
- Lorient : Atelier dédié à la restauration de bateaux de grande taille, comme le thonier Biche (classé Monument Historique).
- Île aux Moines : Berceau historique du chantier, où l’équipe travaille au bord de l’anse du Guip, dans un environnement protégé.
Visiter le Chantier du Guip : Une immersion dans l’univers de la charpente navale

Le chantier, installé dans un hangar vitré de plus de 1 000 m², s’ouvre largement au public. Les visiteurs peuvent y découvrir :
- Les ateliers : Charpente, ébénisterie, technique embarquée.
- Les bateaux en cours de restauration : Voiliers traditionnels, yachts classiques, vieux gréements.
- Les expositions temporaires : Présentations de projets emblématiques, comme la Recouvrance ou le Pen Duick.
Une expérience unique pour comprendre comment le bois prend vie sous les mains des artisans, et comment l’histoire maritime se perpétue à travers chaque planche, chaque clou, chaque corde.
Conclusion : Le Guip, un chantier au service de la mer et de l’histoire
Le Chantier du Guip est bien plus qu’un simple atelier de construction navale. C’est un lieu de mémoire, un laboratoire de savoir-faire, et un acteur clé de la préservation du patrimoine maritime. Que ce soit pour restaurer un vieux gréement, construire un voilier traditionnel ou redonner vie à un yacht classique, les artisans du Guip allient passion, rigueur et innovation.
Pour les plaisanciers, les amoureux de la voile et les défenseurs du patrimoine, une visite au Chantier du Guip est un voyage dans le temps, à la rencontre de ceux qui font vivre la légende des bateaux en bois.