Comment récupérer un homme à la mer ?

En mer, chaque seconde compte. Quand un équipier tombe à l’eau, la rapidité d’action et la maîtrise des gestes de secours font toute la différence pour récupérer un homme à la mer ( ou une femme d’ailleurs). Cette situation d’urgence, redoutée par tous les plaisancier, nécessite une préparation minutieuse et des équipements adaptés.

En 2024, les centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage (CROSS) ont déclenché près de 15.000 opérations de sauvetage. Face à ces chiffres, il devient essentiel de connaître les techniques de récupération d’un homme à la mer et de s’équiper correctement afin d’être le plus autonome possible.

Bien évidemment, si vous devez faire face à la chute d’un équipier à la mer, vous devez appeler les secours. Mais vous ne pourrez pas les attendre. Vous devez donc être capable de récupérer un équipier tombé à l’eau, en tout autonomie. C’est à dire rapidement et sans risque pour les autres membres d’équipage.

Les manœuvres et attitudes qui peuvent engendrer une chute à la mer

Mouvements à risque sur le pont

Les chutes à la mer résultent souvent de gestes anodins qui deviennent dangereux en conditions marines. L’avance vers l’étrave pour affaler une voile par mer formée, par exemple, expose particulièrement aux chutes. Les mouvements brusques lors des virements de bord représentent également un risque majeur.

Le passage d’un bord à l’autre sans point d’appui solide constitue une autre source d’accidents fréquents. Les manœuvres de mouillage, où l’équipier se penche au-dessus de l’eau pour récupérer l’ancre, nécessitent une vigilance accrue.

Conditions météorologiques aggravantes

Le mauvais temps multiplie les risques de chute. Les vagues déferlantes peuvent surprendre même un marin expérimenté. Le roulis et le tangage perturbent l’équilibre et rendent les déplacements sur le pont périlleux.

Les conditions de visibilité réduite, comme la brume ou la navigation nocturne, amplifient ces dangers. L’humidité rend également le pont glissant, transformant chaque pas en piège potentiel.

Négligence des équipements de sécurité

L’absence de harnais lors des manœuvres sur le pont représente la principale cause d’accidents évitables. Nombreux sont les plaisanciers qui négligent cette protection par confort ou par habitude.

Le non-port du gilet de sauvetage, surtout par beau temps, constitue une erreur fatale. Cette négligence concerne particulièrement les navigateurs expérimentés qui sous-estiment les risques, surtout en navigation en solitaire.

Les bons gestes pour éviter la chute à la mer

Équipement personnel de sécurité

Porter systématiquement un gilet de sauvetage gonflable automatique représente la première ligne de défense. Ce dispositif se déclenche dès l’immersion et maintient la tête hors de l’eau, même si la personne est inconsciente.

Le harnais de sécurité doit être porté dès que les conditions l’exigent. Sa longe, réglée à la bonne longueur, permet de se déplacer sur le pont tout en restant attaché au bateau.

Règles de déplacement sur le pont

Toujours maintenir trois points d’appui : deux mains et un pied, ou deux pieds et une main. Cette règle élémentaire devient vitale quand le bateau gîte ou tangue.

Une main pour soi, une main pour le bateau

Se déplacer du côté sous le vent limite les risques de projection vers l’extérieur. Anticiper les mouvements du bateau permet d’adapter sa position et son équilibre.

Organisation de l’équipage

Désigner un équipier responsable de la surveillance mutuelle renforce la sécurité collective. Cette personne garde un œil sur les mouvements de chacun et peut intervenir rapidement.

La communication entre équipiers doit être constante. Prévenir avant chaque manœuvre et s’assurer que chacun est prêt évite les situations dangereuses.

Retrouvez nos conseils pour éviter la chute à la mer

L’équipement qui peut sauver des vies

Le gilet de sauvetage et le harnais

Le gilet de sauvetage gonflable automatique se déclenche au contact de l’eau. Sa flottabilité de 150 newtons maintient la tête hors de l’eau même en cas de perte de conscience. Les modèles récents intègrent une ceinture de sécurité et un harnais.

Le harnais de sécurité se compose d’une ceinture pectorale et d’une longe avec mousqueton. Cette longe, d’1,5 à 2 mètres, permet de se déplacer sur le pont tout en restant attaché aux points d’ancrage du bateau.

La bouée gonflable ou rigide et le feu à retournement

La bouée fer à cheval, placée à portée de main, se jette immédiatement après la chute. Sa forme ergonomique facilite la préhension par le naufragé. Les modèles gonflables offrent une meilleure flottabilité.

Le feu à retournement, activé par l’eau de mer, signale la position du naufragé. Sa lumière orange clignotante reste visible plusieurs heures, même par mauvais temps. Certains modèles intègrent une fumée de jour.

La ligne de vie

La ligne de vie court sur toute la longueur du bateau. Fixée solidement à l’étrave et au cockpit, elle permet de s’attacher en permanence lors des déplacements sur le pont. Les points d’ancrage doivent supporter 1000 kg.

Cette ligne peut être constituée d’un câble inox gainé ou d’une sangle textile. Sa hauteur, réglée à 60 cm du pont, évite les chutes tout en permettant les manœuvres.

La ligne de jet

La ligne de jet, longue de 30 mètres, se lance depuis le cockpit vers le naufragé. Sa corde flottante, lestée d’un sac, porte sur plusieurs mètres. L’entraînement à son lancement améliore la précision.

Cette ligne peut être équipée d’un système de rappel automatique. Le naufragé s’y agrippe et l’équipage le hale vers le bateau. Sa couleur vive facilite le repérage.

L’échelle de secours

L’échelle de secours se déploie le long de la coque. Ses échelons larges et antidérapants permettent au naufragé de remonter à bord. Les modèles pliables se rangent dans le coffre de cockpit.

Certaines échelles intègrent des poignées ergonomiques et des sangles de maintien. Leur fixation sur le tableau arrière ou les filières doit être particulièrement robuste.

La lampe de détresse

La lampe de détresse étanche signale la position du naufragé. Son éclairage LED clignotant, visible à plusieurs milles, fonctionne plusieurs heures. L’activation automatique au contact de l’eau évite les oublis.

Les modèles récents intègrent un émetteur de détresse qui transmet la position GPS. Cette technologie facilite grandement les opérations de sauvetage par les secours.

Que faire dès qu’une personne tombe à l’eau

Alerte immédiate

Hurler « un homme à la mer » pour que tous les occupants du bateau soient au courant. Cette alerte doit être claire et forte pour réveiller tout l’équipage. Chaque seconde compte dans ces situations d’urgence.

Désigner immédiatement un équipier pour ne pas quitter le naufragé des yeux. Cette personne le pointe du doigt en permanence et guide les manœuvres. Sa mission est capitale pour ne pas perdre la trace du naufragé.

Actions d’urgence

Jeter une bouée ou un pare-battage dans l’eau et stopper l’embarcation. Cette bouée marque la position de chute et offre un point de flottaison au naufragé. Elle doit être lancée immédiatement, même en mouvement.

Retenir l’heure et la position de la chute (bouton « mob » du GPS ou de la VHF) Cette information sera cruciale pour les secours. La plupart des GPS modernes disposent d’une fonction MOB (Man Over Board) qui mémorise instantanément la position.

Lancement des secours

Alerter le centre régional opérationnel sur VHF canal 16 ou par téléphone au 196. Donner la position exacte, le nombre de personnes à bord et l’état du naufragé. Cette alerte doit être lancée rapidement, même si la récupération semble possible.

Préparer les équipements de sauvetage : ligne de jet, échelle de secours, couvertures. L’organisation de l’équipage est cruciale pour mener à bien la récupération.

La manœuvre en bateau pour remonter l’équipier

Manœuvre sous voile

Savoir arrêter le navire sous voiles rapidement, neutraliser ses voiles, pour engager le sauvetage, moteur engagé. La première étape consiste à choquer immédiatement les écoutes pour stopper la progression du voilier.

La trajectoire du voilier forme un 8 d’où le nom de cette manœuvre classique d’homme à la mer. Cette manœuvre permet de revenir vers le naufragé en remontant au vent puis en redescendant vers lui.

Manœuvre au moteur

Si le navire faisait route, au moteur, il peut réagir immédiatement. La manœuvre est plus simple : virer immédiatement et revenir vers le naufragé en décrivant un cercle large.

L’approche finale doit se faire moteur au ralenti, par le côté sous le vent. Cette position protège le naufragé des vagues et facilite sa récupération.

Récupération à bord

L’approche doit se faire lentement, en présentant le côté du bateau au naufragé. Le moteur coupé, un équipier lance la ligne de jet ou tend une gaffe pour établir le contact.

Couchez la personne dans la cabine sur une barquette. Déshabiller-la avec soin. Ne la frictionnez pas car une personne tombée à la mer est extrêmement fragile et des gestes trop « violents » peuvent la blesser.

L’utilisation de l’échelle de secours ou d’un palan facilite la remontée à bord. Dans tous les cas, plusieurs équipiers doivent participer à cette manœuvre délicate.

Soins d’urgence

Couvrez-la avec une couverture de survie. Le réchauffement doit être progressif pour éviter le choc thermique. Surveiller les signes vitaux et maintenir le contact avec les secours.

En cas d’hypothermie sévère, éviter les mouvements brusques et maintenir la personne allongée. L’évacuation médicale devient alors prioritaire.

La récupération d’un homme à la mer reste une des manœuvres les plus techniques et stressantes en navigation. Seuls l’entraînement régulier, l’équipement adapté et la préparation de l’équipage permettent d’augmenter les chances de succès. N’hésitez pas à vous former auprès des associations nautiques et à pratiquer ces manœuvres lors de vos sorties en mer.

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